Children of Time – par Adrian Adrian Tchaikovsky : hard-science bondissante

J’ai choisi ce livre par pure facilité :

– il vient de gagner le prix Arthur C. Clarke. Ce qui équivaut à « il y avait de la lumière… ».

– il ne parle pas de voyage temporel. Ouf.

– et son auteur a pondu Spiderlight, un roman de fantasy assez jouissif.

Le résultat n’a pourtant rien à voir. Plus sérieux, plus structuré (les chapitres ont même des sous-chapitres…), plus réfléchi, plus innovant…

Pour résumer : une excellente expérience de laboratoire.

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Au grand jeu de l’évolution, il n’y a pas de femme blonde pour tourner la roue.

Amorce de l’histoire : notre futur : la Terre n’est plus un habitat viable (étonnant, non ? ).

De l’humanité, il ne reste que des corps congelés, entassés dans un cargo stellaire comme des poissons panés oubliés au fond d’un frigo. Et une équipe de techniciens sortis de leur cryogénie à chaque fois qu’une alarme sonne (réveils difficiles à prévoir).

Voici les champions n°1 de l’évolution biologique.

Les champions n°2, ce sont des araignées accidentellement lâchées sur une lointaine planète terraformée, en compagnie d’un virus accélérant et guidant leurs mutations naturelles.

Les présentations sont faites, que le match commence.

Mais attention, un match au rythme de Mère Nature. Cent ans par tour, au mieux.

Comme il faut bien que le lecteur puisse finir ce livre de son vivant, Adrian Tchaikovsky procède par bonds temporels, avec une surprenante habilité pour garder le fil.

Et les araignées jamais n’inventèrent la roue

Children of Time ne réduit pas ses créatures évoluées à une image de monstre de foire, style série Z. Pas plus qu’il ne les anthropomorphise.

C’est sérieusement qu’il explore les possibilités ouvertes par son postulat de base : l’évolution tournée vers l’intelligence d’une espèce à huit pattes, où la femelle dépasse le mâle, et où toute communication passe par des vibrations. Pas de main, pas d’outil. Mais des procédés biologiques infiniment diversifiés.

Le résultat a un goût de Fourmis de Werber, un parfum de Fondation, une vague ressemblance avec la Guerre Eternelle. Mais avec un arrière-plan scientifique et une mesure qui le place dans le sous-genre de la hard-science. Adrian Tchaikovsky joue avec le temps et les espèces comme un Dieu laborantin, en dépassant avec son expérience scientifique une simple copie des mécanismes darwiniens.

Vous reprendrez bien un petit peu d’empathie

C’est le pari osé de l’auteur, à une époque où l’arachnophobie est proportionnelle à la technophilie, que de nous sensibiliser à notre pire cauchemar. Sans les lisser, comme un Walt Disney, ou même atténuer leurs penchants de prédateurs. Il joue avec les miroirs, renvoyant constamment l’attitude des araignées à celles des humains, mixant les intérêts et les évolutions des générations, liant le tout aux drastiques condition de survie des espèces.

Les araignées sont des tueuses ? Nous aussi. Cruelles ? Elles n’ont rien inventé. Désorganisées ? Plus pour longtemps. Sensibles ? Parfois plus que nous.

Et voici la plus profonde originalité de ce roman : Adrian Tchaikovsky suit la course de ces deux héritiers de l’humanité sans prendre parti. Et, jusqu’au bout, vous vous demanderez lequelle va gagner. Car la fin, élégamment trouvée, est le point fort de ce roman, justifiant toutes les petites longueurs d’une course sur cent mille ans.

Citation :

This is the future. This is where mankind takes its next great step. This is were we become gods.

 

The Grace of Kings – par Ken Liu : flamme tiède

J’attendais beaucoup de ce premier tome de The Dandelion Dynasty.

Après tout, Ken Liu collectionne les récompenses littéraires comme autant de médailles sur le costume de parade d’un amiral soviétique.

Mais voilà, il semblerait que son génie réside dans les dizaines de nouvelles et de romans courts qu’il a signées.

Pas dans ce roman fleuve, indigeste, et frénétique dans sa propension à aligner les faits comme autant de dates d’un mauvais livre d’Histoire.

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Amorce de l’histoire : à la mort d’un empereur, des nations autrefois unifiées par la force se soulèvent les unes après les autres, chacune avec ses propres héros et ses propres armes. Et la roue peut commencer à tourner…

L’auteur bien au-dessus de son roman

La première image du livre est celle d’un « oiseau » survolant un cortège impérial.

Cela décrit assez bien le rapport de Ken Liu à son histoire : il se positionne devant une carte géographique, bougeant ses personnages comme autant de pions grossièrement taillés. Son style est expéditif, sa prose celle d’un manuel scolaire.

Au final, qu’avons-nous ?

  • des personnages réduits à leur rôle de stéréotype (héros implacables ou malins, second couteau, femme fatale, ennemi loyal, etc ad vomitam),
    • leur sagesse à la hauteur d’une chaîne d’emails (le brin d’herbe est plus fort que l’épée, oui oui oui…),
    • leurs tirades amoureuses puisées dans Docteur Queen.
  • des conflits militaires pliés en quelques batailles, réglés à coup d’astuces et de postures héroïques,
  • des dieux en embuscade, collant à leur représentation anthropomorphique,
  • des rapports entre des personnages (presque « émos ») limités à deux options : amour ou haine. Rien entre les deux. A part un petit désespoir occasionnel, entre deux trahisons.

De la Bravoure, de la Lâcheté, de la Cruauté, de la Tendresse… On trouve de tout cela dans cette fresque. Ce qu’il manque, malheureusement, c’est tout l’éventail de comportements intermédiaires qui rendra un personnage attachant, étonnant, ou simplement vivant.

Leçon sur la nature cyclique de l’Histoire

Sonnerie, fin de la récré, en rang, et de retour sur les bancs de la classe.

Vous allez apprendre, mes petits, comment le pouvoir corrompt. Comment ça, vous le savez déjà ?

J’en ai une autre : le bien-être de la nation passe parfois avant celui des individus. Machiavel, au fond, arrête de pouffer !

Et que les empires se font et se défont, et que toujours le paysan en souffrira, vous le saviez ? Que les bandits peuvent avoir un coeur pur, que le mérite n’a rien à voir avec le rang social, et que la guerre n’apporte jamais rien de bon ? Oui ?

Et bien, dans ce cas, épargnez-vous 600 pages de clichés. Et relisons Terry Pratchett.

Une perle bien cachée ?

Il est possible que je trompe. De bout-en-bout.

Peut-être Ken Liu nous livre-t-il un roman à prendre au second degré (comme Starship Troopers). Si cela se trouve, les chansons niaises regorgeant de blagues m’ayant échappé.

Ou peut-être me manque-t-il une connaissance profonde de la culture et/ou de l’Histoire et/ou de l’actualité chinoise, pour saisir toutes les subtilités de The Grace of Kings. J’ai laissé passer des clins d’oeil au Grand Timonier, des farces que Confucius trouverait hilarantes, ou une critique acerbe de Xi Jiping.

Troisième option : ce cycle est destiné à un public adolescent, moins sensible à la répétition des clichés (mais peut-être plus à son côté scolaire).

Quatrième option : si l’on prend chaque première lettre de chaque phrase, et qu’on les assemble bout à bout, on obtient une excellente nouvelle. Mais je n’ai pas le courage d’essayer…

 

Toujours est-il que Ken Liu persiste et signe : The Wall of Storms, le tome 2 de ce cycle, sortira en octobre. La bonne nouvelle, c’est que vous n’avez pas besoin d’attendre pour vous tourner, si vous le coeur vous en dit, vers ses nouvelles déjà sorties.

Pour résumer, voici ma perle de sagesse : au bon fabricant de bougie, ne demande pas d’éclairer la rue. Et si un jour je trouve cette phrase dans un gâteau chinois, j’aurais réussi ma vie.

 

Citation :

If you’ve chosen to be a bandit, be the best bandit you can be, and your mother will be proud of you.

 

The last days of new paris – par China Miéville : du meurtre du nazi, j’accuse André Breton dans l’évier avec un plumeau à molette

Il faut avoir une certaine sensibilité artistique pour apprécier ce roman à sa juste valeur.

Adorer l’absurde, le rêve, et l’imaginaire sans compromis des Surréalistes.

Si c’est votre cas, vous ne verrez pas d’inconvénient à ce que des démons, des nazis et des éléments uchroniques se mêlent à la partie.

Après tout, la logique du Manifeste est respectée.

En revanche, si comme moi vous avez la fibre poétique d’une brique, vous risquez d’être à la peine.

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Véritable cours de Surréalisme

Amorce de l’histoire : 1950 : Paris, aux mains des nazis, est isolée du reste du monde pour contenir la horde de manifestations artistiques qui la hante. Intra-Muros, la guerre fait rage, entre ces « manifs », les occupants, les résistants, et des démons (qui seraient bien restés chez eux), sans qu’une issue puisse être envisagée.

Sous prétexte d’une lutte anachronique, c’est l’occasion de rappeler :

  • tous les grands noms du mouvement artistique qui intéresse ici China Miéville,
  • leur engagement dans la résistance,
  • leurs liens avec le communisme,
  • leur goût sauvage contre toute forme d’autorité et de conformisme,
  • leurs méthodes de travail (l’écriture automatique comme arme automatique)
  • leurs oeuvres les plus célèbres,

… le tout tâché par l’ambiance glauque d’une ville occupée, où l’on ne pense pas à demain.

The new Paris est parsemé de citations en français, de références (qu’une annexe en fin de livre éclaire, n’hésitez pas à l’utiliser) et de personnages marquants, qui vous seront d’autant plus familiers si vous avez déjà parcouru leurs oeuvres. A plus forte raison, c’est l’esprit même du Surréalisme que ce livre permet d’appréhender ou de retrouver : un imaginaire au pouvoir, dont la toute-puissance effraie même les nazis, ce qui pourrait presque être comique si le livre ne baignait pas dans une atmosphère aussi sombre.

Imaginaire en mode turbo

Du Paris connu, il ne reste plus qu’une architecture grossière, et des noms de rues et d’avenues.

Pour le reste, préparez-vous à faire chauffer votre cortex. Dans un style dépouillé, à la très forte puissance évocatrice, China Miéville vous invite à imaginer toutes les formes possibles et imaginables, sans aucune cohérence ni vraisemblance. Vous n’avez pas le temps de vous satisfaire d’une description qu’elle est déjà obsolète, remplacée par quelque chose de plus bizarre encore.

Le roman dépasse le simple stade de la déambulation onirique : il introduit du bizarre dans le moindre personnage, joue avec l’uchronie, la mise en abîme, et les références artistiques. Ami lecteur, prépare-toi à jongler…

Art de combat contre art du combat

Aux nazis, amoureux de la terreur par l’ordre, le héros répond par un désordre violent qui, autant que de ses adversaires, se moque bien de la figure paternaliste de De Gaulle, des Américains, des sauveurs assermentés et de toute organisation.

Il ne se pare d’aucune morale, à aucun moment l’auteur ne lui attribue un bon droit. Le héros lutte comme il respire.

C’est l’occasion de revêtir un pyjama de guerre. Et de rappeler cette citation du second Manifeste qu’il faut absolument contextualiser :

« L’acte surréaliste le plus simple consiste, révolvers aux poings, à descendre dans la rue et à tirer au hasard, tant qu’on peut, dans la foule. »

Rien de contemporain, juste une ancienne révolte intellectuelle dont ce livre nous permet d’appréhender la puissance.

Citation :

A dream invaded from below. What had been the world’s prettiest city was now populated by its own unpretty imaginings, and by the ugliness of the pit.

 

NB : si vous appréciez le mélange d’art pictural et de littératures de l’imaginaire, je vous conseille (dans un style bien plus léger) Sacré Bleu, de Christopher Moore (avec cette fois-ci des impressionnistes au coeur du roman)

The Fifth Season – par N. K. Jemisin : subtil séisme (VF : La terre fracturée, Tome 1 la série du même nom)

Méfiez-vous de la terre qui dort.

Cela pourrait être l’adage de The Fifth Season, premier tome d’un cycle fantasy baroque que l’on peut résurmer en quatre adjectifs.

Triste, il nous raconte les difficultés de toute lutte. Le sentiment d’inéluctabilité des catastrophes vaut autant à l’échelle personnelle que terrestre.

Grandiloquent, là où d’autres livres manipulent les boules de feu, lui remue les plaques tectoniques.

Maîtrisé, il joue avec les procédés de narration et distille avec précision les éléments de l’intrigue.

Engagé, il nous parle, à mots à peine couverts, de luttes sociales et d’écologie.

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Amorce de l’histoire : trois femmes, ayant chacune un pouvoir sur la terre, évoluent dans un monde hostile à leur singularité.

L’art du morcellement et de la recomposition

Le continent de The Fifth Season, (ironiquement appelé the Stillness), s’agite en permanence. Cela se traduit par des secousses, des tremblements de terre, et des volcans qui poussent en une nuit au milieu d’une terre battue comme un comédon sur un visage malchanceux. Les couches de terre se déchirent, puis se recomposent lentement.

La narration de ce livre fonctionne de manière similaire :

  • Dans les protagonistes : trois pistes, trois personnages, s’entrecroisent dans un monde dont des détails diffèrent.
  • Dans le décor : les vestiges empilés de civilisations, que tout le monde ignore superbement, se mêlent aux communautés qui ne seront bientôt plus que des ruines.
  • Dans le temps : l’Histoire du continent subsiste dans des fragments de textes mélangés aux traditions et aux superstitions.
  • Dans les guerres de pouvoir : les factions ne brandissent pas d’étendards. Elles luttent sans mot dire, le visage couvert.

C’est un jeu subtil auquel il faut prêter attention. N’espérez pas pouvoir lire ce livre en diagonale.

Un livre dont vous n’êtes pas le héros

Dans un chapitre sur trois, N. K. Jemisin s’adresse directement à vous, lecteur. Vous êtes une femme, d’une quarantaine d’années, partie à la recherche de sa fille. Elle vous détaille le paysage, vous murmure à l’oreille son avis sur le comportement des habitants du continent. Ils ne lèvent pas les yeux au ciel, trop préoccupés par le sol. On l’imagine comme une voix posée, sirotant son café en racontant son histoire.

Ce mode de narration emprunte la spécificité du livre dont vous êtes le héros. Mais vous n’avez aucun choix. Par un effet de style, vous n’êtes plus simple visiteur, par l’acte de lecture, mais prisonnier d’un corps qui se meut et qui ressent.

C’est une autre manière de transcrire l’inéluctabilité des catastrophes qui parsèment ce livre. Une manière de maximiser l’empathie, comme de vous imposer des barreaux. Avec parfois un morceau de paysage à apercevoir.

La constance des oppressions

The Fifth Season nous parle de brides au cou des héros :

  • qui peuvent déchaîner des puissances telluriques, au prix de la destruction de leur propre environnement,
  • qui disposent d’une puissance inégalée sur les Hommes, mais aisément nullifiée par leurs Gardiens,
  • qui sont à la fois le poison et le remède d’un monde chroniquement soumis à l’apocalypse.

The Fifth Season nous parle de violence :

  • d’une terre autrefois hospitalière, et qui se rebelle maintenant contre ses hôtes, coupables de l’avoir agressée une fois de trop,
  • d’une population ignorante, accrochée à la loi du plus fort, et qui ostracise toute différence,
  • d’une classe d’individus spéciaux dont la moindre émotion peut se traduire par des cataclysmes, sur une terre qui fonctionne comme une caisse de résonance.

The Fifth Season nous parle d’un voile :

  • jeté sur la vérité : les personnages sont à peine conscient du monde dans lequel ils évoluent, malgré leur sensibilité épidermique,
  • qui tombe avec les cendres produites par dernier cataclysme en date, jouant le rôle de linceul,
  • qui occulte toute vision à long terme des personnages, incapables de penser à long terme.

La violence de ce livre est une réaction physique à cette oppression omniprésente.

Et, heureusement, elle est très bien maîtrisée par N. K. Jemisin : retenue le long de passages mélancoliques pour être mieux libérée ensuite dans les passages les plus intenses.

Citation :

My people didn’t use mysterious powers to track you; we used deduction. Much more reliable.

NB : ce livre paraîtra en septembre 2017 aux éditions J’ai Lu (collection Nouveaux Millénaires) sous le titre ‘La terre fracturée’

NB bis : ce livre a été récompensé le 20 août par le prix Hugo 2016 (meilleur roman anglophone)

Perfect State – par Brandon Sanderson : chaque Homme a son RPG…

Perfect State est aux romans de SF ce que le macaron est à la pâtisserie : léger dans la consistance, relevé au niveau du goût, terminé en une bouchée.

Toutes les idées nécessaires à une très bonne nouvelle (on peut à peine parler de roman) sont encapsulées dans quelques dizaines de pages. Plus aurait été trop, moins aurait été incompréhensible.

Brandon Sanderson livre ici un en-cas divertissant à souhait, parfait pour une pause d’une heure en gare ou au café.

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Amorce de l’histoire : le maître d’un monde se voit contraint de rencontrer la maîtresse d’un autre monde, pour un dîner galant.

Ne rien raconter

Le roman (ou plutôt la novella) est si court(e) que le simple résumé en quatrième de couverture est presque de trop.

Tout juste peut-on dire que ce méli-mélo de genres rappelle les romans de science-fiction des années 70, où l’idée initiale de l’auteur prime sur toute vraisemblance, cohérence ou complétude de l’univers. Il s’agit avant tout de livrer au lecteur un « et si…« , en lui laissant presque le soin de compléter l’oeuvre, de broder le reste de la tapisserie avec le fruit de sa propre imagination.

Car Perfect State est une invitation à s’échapper du flux constant de divertissements que nous pouvons ingurgiter. Des divertissements dont nous sommes indirectement les héros. Des divertissements déclinés selon des schémas comme autant de textes à trous répondant à nos appétits les plus infantiles : être au centre de l’attention, être stimulés constamment, se projeter dans l’environnement qui nous entoure…

On peut y voir une image de l’enfermement numérique. Ou l’image de l’enfant-roi. Ou l’omniprésence des médias. Ou juste une simple idée en l’air…

 

Contrairement à Legion (qui avait un goût de trop peu), Perfect State est parfaitement calibré. Le volume du roman permet de développer la thèse de l’auteur, sans l’épuiser. Et de divertir le lecteur en remettant en question cette notion même…

Citation :

Never go on a date unarmed.

 

Spiderlight – par Adrian Tchaikovsky : délicieuses déceptions

Commençons par l’appréciation : savoureux. Et développons.

Adrian Tchaikovsky embrasse tous les stéréotypes de la quête sacrée d’un groupe de héros (un mage + un clerc + un voleur + un archer + un guerrier = une sauvegarde gratuite de Baldur’s Gate). Il les embrasse un à un, avant de les poignarder dans le dos.

Et comme si ça ne suffisait pas, il utilise un humour assez acéré pour que la blessure fasse mal.

Spiderlight, c’est un pastiche réglé au poil, avec ce qu’il faut de réflexion pour ne pas tourner en rond.

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Amorce de l’histoire : un groupe d’aventuriers entreprend le chemin dicté par une prophétie pour défaire le maître des forces obscures.

Vous avez déjà lu de la fantasy ? Vous connaissez l’histoire.

Mais qu’importe. L’auteur annonce la couleur dès les premiers chapitres : il y a une prophétie à respecter, et respectée elle sera.

Le fil rouge est installé. Et le monde de Spiderlight n’a pas besoin de grandes descriptions. Une forêt, une forteresse, une tour noire… Tous ces clichés sont autant de décors que notre cerveau a en réserve, et qu’il peut fournir à notre imaginaire sur commande, sans fournir le moindre effort. Un vrai théâtre. Prenez donc cela comme l’occasion de vous reposer le cortex, pour vous concentrer sur les mises en situation.

La contrepartie, c’est que vous serez d’autant plus à l’aise avec ce livre que vous avez lu et/ou vu de la fantasy. ce n’est pas un roman pour débuter dans les littératures de l’imaginaire, sous peine de rater de nombreuses références (comme voir Shreck sans avoir lu de contes).

Toute l’ironie tient dans les personnages.

Le « problème » de ces héros, c’est qu’ils ont une âme. Et que leurs traits de caractère débordent du rôle qui leur est souvent attribué (le grognon, le hautain, le dévot, etc…), rôle qui se limite dans de nombreux romans de fantasy à quelques tirades de circonstances.

Ici, pas besoin de faire mine de s’intéresser aux obstacles à franchir, tout le monde les connaît. En conséquence, les aventuriers prennent toute la place. Ils analysent ce qui leur arrive, ils critiquent, ils se rebellent ou traînent des pieds. Et Adrian Tchaikovsky a suffisamment de talent pour donner de la saveur à leurs pensées et à leurs réparties.

Ce parti-pris donne lieu à des contretemps, à des petits retournements de situation et à des exagérations de poncifs qui s’égrènent le long du fil rouge menant les héros à leur quête. Pour le plus grand bonheur du lecteur.

Un héros comme levier pour renverser les clichés.

Il y a une surprise dans les premiers chapitres que je me refuse à vous révéler (à l’instar de la quatrième de couverture). Une petite déformation qui se glisse dans ce groupe si homogène d’aventuriers calibrés pour l’exploit. Et cette déformation va gratter. Au début, comme une simple irritation. Puis, au fur et à mesure de livre, comme une démangeaison si forte qu’elle va venir à bout du vernis qui recouvre un monde à l’imaginaire figé.

Vous me direz, c’est le cas de nombreux pastiches. Mais celui-ci m’a pris par surprise.

D’abord parce qu’il met du temps à se déclarer comme tel. L’histoire ne commence pas avec tambours et trompettes, ni de multiples clins d’oeil.

Ensuite parce qu’il a réussi à dénicher une ou deux idées préconçues que je gardais bien précieusement enfouies au fond de ma cervelle. Moi qui croyais naïvement être à l’abri des jugements hâtifs…

Alors faites attention, ce roman est malin !

Citation :

Then the small Man, Lief, was back [with clothes in his hands], his expression betokening great satisfaction.

« Am I not the most ressourceful of all thieves ? » he declared, then appared to regret it because Dion had turned a stern gaze on him :

« I gave you money. »

The Swarm – par Orson Scott Card : petite propagande planétaire

Il faut lire The Swarm en écoutant de la musique de grands orchestres.

Quelque chose de martial, qui vous prend aux tripes, et qui vous donne envie de construire des bombes à sous-munition pendant 70 heures d’affilée, avant de vous essuyer le front face au soleil couchant, le coeur rempli de fierté.

Parce que, dans ce nouveau préquel de La Stratégie Ender, ce n’est que de ça dont il s’agit : de l’effort de guerre, juste avant l’arrivée d’une flotte de Doryphores (ici les Formics).

Et gare aux personnages qui trainent des pieds : pour Orson Scott Gard, il n’y a que des héros-sauveurs-de-l’humanité ou de vils-égoïstes-manipulateurs-traîtres-de-leur-espèce. C’est l’un, ou c’est l’autre. Pas de nuance.

La logique de ce roman écrase toute subtilité avec l’élégance d’un char Leclerc dans une compétition de salsa…

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Amorce de l’histoire : alors que la flotte de doryphores est en marche vers la Terre, cette dernière s’organise pour combler in extremis son retard et préparer ses défenses.

Modèle productiviste

Au coeur de The Swarm, il y a Mazer Rackham, l’incarnation du Soldat Dévoué mêlée à celle de l’Ingénieur. Il est sur le terrain, lui. Il sait. Et, comme tout bon militaire, il réalise l’impossible tous les matins au petit déjeuner (pas comme ces lopettes de civils).

Autour de lui gravitent Lem (l’incarnation de l’Industriel patriote), Victor (l’incarnation de l’Ouvrier patriote), Bingwen (énième petit génie, patriote cela va sans dire). Tous « sacrifient » sans broncher leur vie et leurs aspirations familiales pour Servir.

Contre Mazer se dressent la bureaucratie, les syndicats, les politiques. Et également quelques milliards de Doryphore, mais c’est secondaire…

Vous voyez le tableau ? The Swarm raconte une bataille  : celle des bons travailleurs contre les égoïstes et les tire-au-flanc. Comme si la menace existentielle planant au-dessus de l’Humanité donnait l’occasion d’un écrémage nécessaire. Nous sommes attaqués par de grosses fourmis extraterrestres, le salut est dans le mimétisme. Devenons nous aussi des membres d’une ruche, effaçons nos personnalités, sous peine de périr.

L’agressivité d’Ender, sans les remords

La guerre est avant-tout réduite à des composantes logistiques. Le combat est un problème de production. Il faut simplement savoir quoi produire, en plus grande quantité, et plus vite que l’ennemi. C’est la leçon souvent tirée de la Seconde Guerre Mondiale.

Et l’humain dans tout ça ? Il devient un rouage de la machine de guerre, et il doit en être fier. Pour plier ses aspirations personnelles dans le sens d’une logique productiviste, on se sert de la propagande pour intégrer la notion de combat dans toutes les composantes de son existence.

Sa vie ? Elle ne vaut que par la survie de l’espèce.

Son mariage ? Il sert avant-tout à produire des enfants (dixit la femme de Mazer…). Enfants dont la survie ne tient qu’à celle de l’espèce.

Ses amis ? Mazer les choisit en fonction de leurs compétences et de leur bravoure.

Qu’avons-nous au bout du compte ? Des stéréotypes à la moralité immaculée, qui font couler le sang sans jamais se salir les mains, capables des plus grandes prouesses tant intellectuelles que physiques. Aucune imperfection, aucune âme, aucune raison de s’attacher à eux.

Naïvement, j’en étais resté à Ender et Alvin, héros initialement froids et flippants qui avaient au moins l’excuse de l’âge et la perspective de devenir humains. Rien de tout ça ici.

Le prosaïsme au-dessus des Hommes et des lois

L’argument massue de Mazer (et, à travers lui, d’Orson Scott Card), c’est l’urgence (ça vous rappelle quelque chose ?). Les Doryphores pointent le bout de leurs pattes à l’autre bout de l’univers, l’heure est à l’action. La guerre pour la survie de l’espèce est totale, aucune possibilité de négocier.

Alors il faut continuellement trouver des solutions dans l’urgence. Avancer. Etre le plus fort, le plus rapide. S’assoir sur le temps nécessaire à la justice, à la démocratie, à l’éducation.

Vous me direz, ce sont les contingences de la guerre. Mais j’y vois trois problèmes :

  • l’intervalle chronologique choisit par Orson Scott Card, dans ce roman, aboutit à La Stratégie Ender. Dans ce cycle de la seconde guerre formique, il ne peut être question que d’urgence. Pas de recul possible, donc. Pas de réflexion.
  • pas de réflexion dans le temps, pas plus de recul dans le degré de perception des actions des personnages. Pas d’humour. Pas de cynisme. Pas d’ironie. Aucune distanciation de l’auteur vis-à-vis de ses héros qui frisent le ridicule tant ils sont prévisibles.
  • la construction d’un mythe de l’ingénieur tout-puissant est au coeur de the Swarm. Il représente la main dans l’ombre qui soutient le stratège et qui protège le soldat. Dans toute problématique, l’auteur écarte le « pourquoi » pour se focaliser sur le « comment ». Or la science-fiction, quand elle ne s’inscrit pas dans la hard-science la plus pointue, invente des procédés techniques dont la validité n’a que peu d’intérêt. On lui demande juste de respecter une certaine vraisemblance.

 

Ce livre est fait pour être lu au garde-à-vous. Bonne chance pour tourner les pages.

 

Citation :

« You have never flown a quichship, before », said Victor

« I’m a fast learner. It’s not rocket science. »

« Techically, it is rocket science »

Infomocracy – par Malka Older : quand l’avenir tient à un sondage

En matière de démocratie, l’Islande est souvent citée en exemple.

Mais son mode de gestion serait-il applicable en France ? Non, répond-on souvent : ce qui fonctionne à l’échelle d’un pays de 300 000 habitants ne serait pas applicable pour nos 66 000 000.

Que se passerait-il, alors, si la Terre entière était divisée en unités politiques plus petites encore ?

A l’ère de l’information toute puissante, mondialisée, et modelée sur-mesure pour chacun d’entre nous, Malka Older apporte une réponse amère à cette question. A l’instar d’un Iain M. Banks, elle part d’un principe idéal pour mieux y dénicher la faille.

Après la post-démocratie, un nouveau concept politique futuriste plausible et pertinent : l’infomocratie.

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Amorce de l’histoire : deux analystes, travaillant pour des organismes différents, évoluent dans le contexte très particulier d’une élection mondiale.

Contexte en filigranes

La vision du futur offerte par ce livre doit être décryptée au fil des pages. Aucun tableau général ne vous est brossé en introduction.

Voici quelques indicateurs qui vous seront utiles :

  • La Terre, toutes nations fusionnées, est divisée en environ 100 000 blocs indépendants. Chacun de ces blocs (nommés « centenal ») comporte 100 000 habitants, et conserve une forte indépendance.
  • Une instance bureaucratique mondiale (« Information ») gère à la fois les actualités reçues par tous, et le processus électoral dans tous les « centenal ».
  • Tous les dix ans, une élection mondiale a lieu. Des partis à échelle planétaire, issus de conglomérats (comme Sony) ou d’anciens gouvernements, poussent leurs candidats. S’ils remportent le plus grand nombre de « centenal », ils remportent la « Supermajorité ».
  • la guerre, la famine, les maladies… ne sont plus des problèmes de taille à perturber cette belle organisation géo-politique.

Le concept de micro-démocratie est au coeur du roman de Malka Older. Il paraît anodin, mais imaginez :

  • chaque centenal a ses lois, sa police, sa vision du futur,
  • une ville comme Paris intra-muros, par exemple, serait divisée en 23 « centenal »,
  • d’un point de vue pratique, la simple existence du métro impliquerait la coopération de nombreux gouvernements différents.

Dans cet univers morcelé, ce sont les flux d’information qui réunissent les Hommes, et les protagonistes d’Infomocratie sont justement situés aux noeuds du réseau, aux embranchements où se contrôlent l’image et l’actualité.

Thriller politique et prospectiviste

Les héros de ce livre sont en prise avec tous ceux qui tentent de manipuler les élections.

Et l’on y vote, bien évidemment, uniquement en ligne. Via l’instance « Information ».

Par réflexe, on serait donc tenté d’attribuer à l’instance de contrôle mondial, un rôle de dictateur. Ou au moins d’éminence grise.

Mais Infomocracy n’est pas une nouvelle dystopie : de manière plus subtile, ce roman explore les tendances naturelles de l’Homme à chercher la faille dans tout système organisé. L’élection est un jeu, avant même d’être en enjeu, et les participants cherchent à gagner avec tous les moyens à leur disposition. Ni plus, ni moins. Les protagonistes sont en demi-teintes, les manoeuvres des partis assez subtils pour être plausibles.

Apprêtez-vous donc à suivre les protagonistes dans des folles courses aux sondages et aux statistiques, avec quelques explosions pour faire bonne mesure.

Un cadre basé sur le transhumaniste

Ce futur (situé à plus d’un siècle, environ) s’inspire fortement de la vision poussée par notre ami ennemi compagnon omniprésent Google :

  • des êtres humains couplés à des rétines à affichage numérique
  • des flux d’informations modelés sur-mesure pour chaque individu (ce qui renvoie à l’idée de « valet personnel » qu’aspirent à devenir les dernières interfaces conversationnelles couplées à la personnalisation de nos résultats de recherche)
  • une notion de popularité au coeur de l’existence des individus (Malka Older pointe du doigt les effets de l’absence de reconnaissance d’un nom de parti dans un processus démocratique, on revient aux processus de traitement du langage)

Plus qu’une toile de fond, ces critères reflètent ce que l’écrivain choisit de critiquer (sans se pencher, par exemple, sur les problèmes potentiels liés aux IA) :

  • des êtres humains rapidement aveugles (ce qui rejoint l’idée qu’un homme augmenté est avant tout un homme diminué),
  • une versatilité d’opinions liées aux modes, aux buzz et aux manipulations,
  • un système électoral qui reste soumis à la théorie des dominos.

Alors, si vous aimez la sociologie politique, les sciences de l’information et de la communication, la critique d’un avenir techno-centré ou simplement vous creuser la tête, ce roman est fait pour vous !

Citation :

People like to think micro-democracy is stable, safe, unbreakable, because there have been two successful elections with plenty of power shifts at the centenal level. It’s too easy to forget the system hasn’t seen a peaceful Supermajority transition yet.

The Dragon Lords – par Jon Hollins : heroic débandade

L’idée originale semble copiée sur le Hobbit.

Le style s’inspire fortement de la série des LanceDragons.

La logique, des jeux de rôle D&D.

Le tout s’inscrit pleinement dans une héroïque-fantasy que l’on croyait réservée aux romans de gare, ou oubliée sous une couche de poussière.

Mais ce roman fonctionne ! Pourquoi ? Car Jon Hollins a un plan. Ou plutôt un amour des plans qui déraillent.

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Amorce de l’histoire : dans une province dominée par des dragons, un jeune paysan partage avec une bande d’aventurier un stratagème pour mettre la main sur leurs trésors.

Une logique de jeux de rôle

La force de ce roman, c’est de nous faire revivre deux moments particuliers :

Ce moment dans les jeux de rôle, où toute une équipe d’aventuriers se chamaille pour élaborer le plan le plus improbable qui soit.

Puis lorsque les joueurs se lancent, de concert, dans un assaut suicidaire pendant que le maître du jeu gémit intérieurement.

D’héroic, il n’y a que des jets de dés imaginaires, qui tirent les aventuriers du pétrin en dépit de tout bon sens. Et Jon Hollis s’en amuse. Nous aussi.

Le goût de la surprise

Il existe une manière de réussir une aventure et un million de la rater. C’est la force de The Dragon Lords, que de s’aventurer dans cette myriade de possible, et d’en tirer des scénarios jouissifs parce qu’improbables.

Le style cherche aussi à réveiller sans cesse l’intérêt du lecteur, multipliant les pirouettes et les fausses déceptions. Le tout est enjoué et coloré, comme un numéro de jongleur multipliant entre ses mains les balles de couleur.

Joyeusement vulgaire…

Les protagonistes de ce périple ne parlent pas avec un langage suave. Ils ont de la boue dans la bouche, au mieux.

Ce qui en fait une bonne raison pour le mettre entre les mains des plus jeunes. Ceux qui découvrent la fantasy. Ceux qui n’ont pas l’habitude des pavés de 450 pages. Parce que The Dragon Lords ne s’encombre pas de phrases pompeuses et de descriptions étendues à des arbres généalogiques.

Le style est nerveux et accessible. Les personnages sont vivants à défaut d’être sophistiqués. L’intrigue reste focalisée sur une seule et même idée : procurer la lecture la plus plaisante qui soit. Tout ce qu’il faut pour développer un goût du livre qui ne s’effacera jamais.

 

Aussi alambiquées que soient les idées du héros de Fool’s Gold, le plan de Jon Hollins respecte une règle en or tout au long des chapitres : rester étonnamment simple.

Citation (sans F**k ni « balls ») :

« They say you’re a bastard if you don’t know who your pa was, but if a man can tell you who is pa was eight generations back… that’s when you know you’ve got a real bastard. »

The Hike – par Drew Magary : voyage désorganisé

Cela commence comme un très bon livre fantastique, oscillant entre rêverie sanglante et réalité. Avant de sombrer dans une fantasmagorie proche de la psychanalyse (ou du conte). Pour retomber in extremis sur ses pieds, grâce à une bonne chute.
The Hike se permet tout et n’importe quoi, avec quelques passages bien ficelés.

 loup

Amorce de l’histoire : un homme, arrivé tôt à son hôtel situé en pleine montagne, décide de tuer le temps en suivant un sentier au hasard. Sans savoir que le chemin du retour lui sera très, très difficile…

Bonjour l’ambiance

Des daims écrasés sur la route, leur sang maculant la chaussée sur des centaines de mètre.
C’est sur cette image glauque et propice à une athmosphère purement fantastique que commence The Hike.
Puis le héros prend une chambre d’hôtel dans un coin de montagne reculé, et part en vadrouille pour le plaisir de prendre l’air. Il trouve alors dans les bois assez d’aventures pour remplir plusieurs vies.
Passé ce point, ne vous attendez pas à un jeu subtil entre réel et imaginaire, parsemé d’indices et d’incohérences soigneusement choisies. Lorsque Drew Margary s’aventure dans l’imaginaire, elle met les deux pieds dedans. J’espère que vous aimez les contes.

Des symboles, en veux-tu, en voilà

La marche qu’entreprend le héros, initialement pour tuer le temps, se révèle être un long voyage dans son univers intérieur.
Tout n’est que symbole, métaphore et allusions. Ses souvenirs, ses peurs, ses doutes et ses fantasmes prennent forme, sculptés dans son imaginaire. Il faut tantôt les affronter, tantôt les apprivoiser.
Cela a le charme ou l’inconsistance d’un Alice au Pays des Merveilles ou d’un trip de Thimoty Leary, selon votre goût plus ou moins prononcé pour les intrigues solidement bâties.
Etonnament, The Hike se révèle être un roman initiatique, ce que le portrait du personnage brossé en premier lieu (un adulte à la vie bien établie) ne laisse pas deviner.

L’important, c’est la ballade

Il n’y a pas d’intrigue à proprement parler. Le lecteur comme le héros suivent un chemin qui doit bien mener quelque part. Mais est-ce bien important ?
Après des début palpitants, le temps s’étire de plus en plus paresseusement. Et malgré les nombreux dangers qui guettent le héros, la menace qui pèse sur sa destinée ne paraît pas bien importante.
Reste alors à contempler les paysages et les tableaux que traversent les personnages, avec dans un coin de l’esprit cette question : si j’avais fait des études de psychologie, aurais-je ris ou hoché la tête avec un air intelligent ?

Citation :

-« Don’t give me a name, » said the crab. « I’ve done just fine so far without one. »
-« Franck. »
-« I don’t want to be fuckin’ Franck. I’m a crab. Don’t go naming me or I’ll clip a toe off. »
-« Fine ».
-« If you call me Franck, I’m gonna call you Shithead. »