Red sister - Mark Lawrence

Red sister – par Mark Lawrence : soirée couteaux – pyjamas (VF : Soeur écarlate, éditions Bragelonne)

Dans Red Sister / Soeur écarlate (aux éditions Bragelonne ), suivez les aventures de Nona, une petite tueuse de neuf ans qui apprend, dans l’univers de Mark Lawrence, à :

– pardonner

– devenir infirmière

– jouer à la poupée

– massacrer toujours plus efficacement.

Mais entre copines.

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Mark Lawrence se moque des parcours initiatiques.

Car dans un parcours initiatique, le héros apprend de ses failles et de ses erreurs :

  • il écoute (in fine) ses compagnons de route et ses maîtres,
  • il apprend et tire d’une série d’aventures une grande leçon sur la vie, l’univers et le reste (la force de l’amitié, ou la puissance de la sagesse intérieure, ou la vertu de l’obstination et du travail acharné, ou le sens des priorités, etc),
  • et il éprouve, au dernier chapitre, sa nouvelle stature à travers un combat final.

Fin de l’histoire, merci d’être venu(e).

Je le répète : Mark Lawrence s’en moque, de ce canevas moralisateur. Et c’est bien ce qui donne à ses cycles un côté jouissif.

Ses héros trouvent (et retrouvent) leur force dans leur personnalité originelle, sans que l’on vienne les ‘déformer’ :

  • Le prince des épines est, dès les premiers chapitres, un sociopathe de très grande envergure.
  • Le prince des fous : imprévisible.
  • Red sister : basiquement, enragée.

Ne cherchez pas plus loin. Toute l’histoire consiste ensuite à faire souffrir ces personnages et à constater à quel point ils sont capables de reprendre leur ‘forme’ initiale. On pourrait appeler cela des ‘personnages à mémoire de forme’.

A ce titre, bien qu’ils soient accompagnés dans leur quête par une flopée de frères et soeurs d’armes, les héros de Mark Lawrence satisfont un désir d’individualisme et de puissance.

  • Ils ne se soumettent pas à leur environnement, mais le soumettent.
  • Ils ne rendent compte à personne, malgré les liens d’amitié qu’ils peuvent entretenir.
  • Ils expriment leurs besoins et leurs envies avant toute chose.

Le plaisir que je prends à lire Red sister, je le puise dans mes restes de pulsions adolescentes, voir dans mon cerveau reptilien.

La douleur comme essence d’un moteur à explosion

De toutes les surenchères que Mark Lawrence peut mettre en scène dans ses romans (et je pense par exemple à l’incipit, qui annonce qu’il faut deux cents soldats pour abattre une ‘soeur’), la plus addictive est celle de la souffrance des personnages.

On tourne les pages pour voir jusqu’où ils pourront tenir (dans une logique très bien exprimée dans le Ventre de l’arc de K. J. Parker), pour voir quelle quantité de supplice ils pourront encaisser avant de réagir.

Et cette réaction, qui ne manque pas de venir, on l’espère proportionnelle à la douleur reçue par le héros.

D’où des explosions de violence savamment contenues, et encore plus savamment libérées.

Red sister ne fait pas exception à cette logique.

Roman d’un auteur à ses fans

Bien qu’il ne soit pas nécessaire de faire partie des initiés pour aborder ce nouveau cycle, Mark Lawrence s’adresse avant tout à ses lecteurs assidus :

  • Ceux que vise la campagne de communication de ce bestseller programmé.
  • Ceux qui connaissent les particularités de ce monde glaciaire, techno-magique.
  • Ceux qui se demandent, avant même d’ouvrir le livre, de quelle ancêtre il s’agit, en listant dans leur tête les candidates potentielles.
  • Ceux avec qui l’auteur joue, en dosant les temps passé, présent et futur de manière toute professionnelle.
  • Ceux qui seront immédiatement intéressés par les liens (assez naïfs, quand même) tissés entre les différentes soeurs dans leur prime jeunesse.

Des lecteurs conquis d’avance, donc. Car, voilà, l’univers n’est que très peu enrichi par ce nouvel opus.

L’intrigue est assez maigre, et l’on oublie facilement que les héroïnes sont adolescentes, tant leurs raisonnements peuvent devenir pragmatiques.

La sororité et son lot de liens affectifs ne sont pas très convaincants.

Pas de nouvelle recette donc. Plutôt le nouveau cookie que l’on va piocher dans une boîte déjà ouverte – et presque déjà vide ?

Citation :

The punch she delivered to his throat held such force that her arm passed through his neck, scattering the small bones of his spine in a crimson splatter.

 

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