The Obelisk Gate – par N. K. Jemisin : terre fracturée mais fertile (Tome 2 la série de la Terre fracturée)

Le premier tome de la trilogie de la Terre fracturée, La Cinquième Saison, est paru en France le 6 septembre 2017 aux éditions J’ai Lu. Il est signé Nora K. Jemisin, et il a gagné le célèbre prix Hugo 2016 .

Si vous en appréciez la subtile construction autant que l’esprit torturé de Essun, vous pouvez d’ores et déjà vous jeter sur la version anglaise du second tome : The Obelisk Gate – également prix Hugo.

Comme un mineur devant un bon filon, il vous faudra à nouveau creuser, conserver votre attention, et avancer patiemment pour profiter de toutes les subtilités de ce roman dense, exigeant et toujours plus dramatique.

The Obelisk gate - N K Jemisin

La découverte continuelle d’une Terre aussi riche que torturée.

La grande majorité des trilogies appartenant aux littératures de l’imaginaire répond au schéma suivant :

  • un premier tome apporte de très nombreuses informations sur le monde dans lequel se situe l’action,
  • un second tome développe l’intrigue et les rebondissements,
  • un troisième tome conclue l’histoire en mettant un terme à tous les ressorts narratifs enclenchés.

A contrario, la Terre de N.K. Jemisin est frustrante lors des premiers contacts. Elle ne délivre pas toutes les informations attendues.

Puis elle distille de nouvelles données, sans cesse, dans The Fifth Season comme dans The Obelisk Gate. C’est un enrichissement permanent, qui exige du lecteur une attention maintenue et une capacité à remettre en question ses postulats.

Cette découverte continue est possible car la Terre fracturée est un palimpeste.

Chaque saison, chaque nouveau cycle de catastrophes, entraîne une remise à plat des acquis et la reconstruction des civilisations sur les ruines des anciennes.

Les héros et héroïnes doivent fouiller pour dénicher la moindre parcelle de connaissance. A plus forte raison dans un monde hostile où les factions, lentes à émerger, se paralysent mutuellement.

La bonne réponse est qu’il n’y a pas de bonne réponse

N. K. Jemisin pose de nombreuses questions à travers sa trilogie. Des questions sur les rapports de l’Homme à ses pairs, à la différence, à son environnement et à son égo.

Elle le fait en enclenchant une mécanique monstrueuse, de taille à écraser presque tous les protagonistes.

Puis elle les laisse se débattre pour trouver la bonne voie et la bonne issue, si bonne voie il y a et si issue il y a.

Surtout, elle ne délivre pas de message, et encore moins de morale.

N. K. Jemisin préfère ausculter leurs états d’âmes, leurs errements et leur stupéfaction devant l’étendue sans cesse croissante des questions sans réponses.

Elle les regarde explorer leurs pouvoirs et en payer le prix.

A noter également qu’elle échappe à une tentation : celle de présenter l’émergence des pouvoirs telluriques comme un stéréotype darwinien sur la survie du fort et l’extinction du faible.

Elle préfère mettre en avant la coopération, l’adaptabilité et la remise en cause des préceptes moraux et sociaux comme clés de la survie. Quand bien même ses personnages sont littéralement capables de déplacer des montagnes.

Citation :

Nassun doesn’t know where they take him, […], and she never knows anything of his ultimate fate other than that she has killed him, which makes her a monster.

« Perhaps, » Schaffa tells her as she sobs these words. He holds her in his lap again, strocking her thick curls. « But you are my monster. »

0 réponses

Répondre

Want to join the discussion?
Feel free to contribute!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.