Welcome to Night Vale : ce roman n’a jamais existé, tenez, prenez-le, et méfiez vous des lundi

Amateurs d’humour absurde et étrange, bonjour.

S’il vous faut votre dose quotidienne de bizarreries, j’ai le livre qu’il vous faut pour tenir quelques semaines.

Dans ses 329 pages, vous trouverez un monceau d’improbabilités, et aucune, je vous le garantie, aucune cohérence ou intrigue consistante qui pourrait venir gâcher votre expérience.

Si ces critères sont les vôtres, entrez dans Night Vale, et laissez votre raison dériver.

pour nos amis malvoyants : un oeil, dont la pupille est la lune, au dessus de la silhouette d'une ville

Amorce de l’histoire : une prêteuse sur gage bloquée à l’âge de 19 ans et une informaticienne solitaire se lancent à la recherche d’un inconnu que tout le monde oublie, le tout sur fond de commentaires radiophoniques.

A l’origine, un podcast anglophone à succès

D’une voix posée, un homme vous déclame des annonces municipales toutes plus étranges les unes que les autres.

Et cela fonctionne.

Depuis 2013, les téléchargements se comptent en dizaines de milliers, les followers également, et, signe de succès, les guest stars pointent le bout de leur nez.

Les créateurs de cette série organisent des Live Shows (« Ghost Stories Tour »), dans une tournée qui passe même par la France (Paris, le 3 octobre, fin du volet promotionnel).

Dans le monde des séries humoristiques « radiophoniques », il s’agit donc d’une valeur sûre, attachée à un public fidèle et averti.

Le gouvernement, les aliens, l’Au-Delà et quelques milliers de sectes secrètes

L’idée de départ est résumée comme suit par un de ses créateurs, Joseph Fink : imaginer une ville en plein désert où toutes les théories du complot seraient réelles. S’additionnent donc des hommes en costume, des figures cachées sous une capuche, des anges, des animaux, des signes cabalistiques, des codes, des sous-entendus, des mystères, de la mort, des adolescents protéiformes, des papiers qui parlent etc etc etc etc etc.

Les Anglais ont une expression : ils parlent parfois d’une « énigme enveloppée dans un mystère ». Dans le cas présent, cette expression ne suffit pas.

Si ce livre était un film où les acteurs clignent des yeux à chaque indice, on les croirait pris de TOC.

A côté de cet enchevêtrement, les pâles embrouilles de X-Files ressemblent à une chasse aux trésors de scouts.

Le plus grand défi de The Night Vale, en définitive, est d’y trouver une suite cohérente d’idées. Ou de ne pas souffrir de surcharge cognitive en suivant le chemin tortueux pris par un narrateur inconstant.

De la suite dans les nombreuses, nombreuses idées

Rendons aux maîtres du monde cachés dans l’ombre ce qui revient aux maîtres du monde cachés dans l’ombre : leurs histoires sont percutantes.

Elles ne vont nulle part, mais avec brio. Elles cultivent le sens de la formule, et l’art de prendre par surprise un lecteur blasé et revenu de tout.

En une phrase, le narrateur vous pointe un objet du doigt. Puis il vous tapote sur l’épaule gauche, vous souffle un coup de clairon sur votre droite, et pendant ce temps-là, un monstre visqueux est apparu au-dessus de votre tête. Quand l’opération fonctionne à répétition, c’est soit que le lecteur est simplet (on ne sait jamais), soit que l’auteur est doué.

Un petit peu des deux, peut-être.

 

The Night Vale est un roman incapable de se prendre au sérieux, dans le style de John Dies At The End.

L’idéal est sans doute de lui accorder le statut qu’il cherche, celui d’OVNI, et d’en apprécier l’étrangeté.

Citation :

Diane did not like invisible pie. […] Her issue was not with flavor (the pie had none) but with texture (it had none).

NB : au moment de l’écriture de cet article, j’ai réalisé que ce livre a déjà été traduit et édité chez Bragelonne. Au temps pour moi…

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