la coiuverture représente un hibou

Acceptance – par Jeff VanderMeer : X-philoso-Files

Le dernier tome du Rempart Sud de Jeff VanderMeer, Acceptance, poursuit sans conclure l’exploration de l’Aire-X.

Vous y trouverez des réponses du même acabit que les questions posées : brumeuses et morcelées.

Et si les va-et-vient entre passé et présent apportent une touche d’humanité et de poésie à une ambiance initialement glaciale, ils restent cryptiques.

Pour les amateurs de jolis et insondables mystères, et d’étrangetés toute extraterrestres.

vaisseau

Résumé : Control, le nouveau directeur de l’Agence {héro du tome 2}, explore avec la biologiste clonée l’Aire-X, en espérant trouver le phare que l’ancienne directrice a fréquenté.

Une intrigue soignée et complexe

La trilogie Area-X de Jeff VanderMeer est un « anti Hercule Poirot ».

Vous n’assisterez jamais à cette scène rituelle où le personnage principal décrypte chaque élément de l’intrigue pour lui donner une apparente logique.

A la place, l’auteur dépose des indices comme autant de miettes de pains formant un sentier.

A vous de le suivre, et de voir vers quelle vision cela vous mène.

Attention : soyez attentif, sous peine de rater une énième insinuation glaçante.

Une posture ironique

La trilogie Area-X de Jeff VanderMeer est un « anti Super-Héro ».

Et ce depuis le premier tome de la trilogie :

  • la botaniste prélève des échantillons qu’elle ne pourra jamais analyser,
  • le personnage ‘Control’ {homme à John Le Carré} n’a de contrôle sur rien, même pas sur sa propre vie,
  • la guerre occupe plus les humains entre eux que l’alien,
  • l’Area-X est une menace pour l’humanité que l’humanité a décidé de traiter après ses questions politiques et écologiques,
  • l’ancienne directrice, à la tête de l’Agence, ne peut s’appuyer que sur quelques administrés dans sa croisade personnelle.

Autant de signes que nous donne l’auteur : il croit peu en l’être humain, et le dernier tome de la trilogie ne va pas y faire exception.

L’extraterrestre vraiment étranger

La trilogie Area-X de Jeff VanderMeer est un « anti ET ».

Fini les extraterrestres qui baragouinent un anglais potable en quelques heures seulement. Fini l’universalité des notions comme ‘maison’, ‘maman’ ou ‘paix’.

Avec cet alien-là, il n’y a pas de dialogue possible. Pas d’échange, pas de considération, pas même de reconnaissance d’un éventuel statut d’interlocuteur.

Au mieux vous serez jaugé comme un insecte, au pire vous subirez les effets de l’Area-X sans même laisser de trace humaine.

Vous ne badinerez pas avec une tasse de thé, et c’est tant mieux.

Car, avec son style, Jeff VanderMeer parvient à nous faire palper l’éloignement radical entre humains et alien, et la supériorité intrinsèque et absolue d’une civilisation plus avancée, ce qui est rare en SF.

Vous reprendrez bien du ‘terroir’

La trilogie Area-X de Jeff VanderMeer est un « anti vaisseau spatial ».

Pour nous faire sentir l’immensité des distances et des cultures qu’implique l’espace, elle ne démarre pas des réacteurs de fusées. Elle préfère ramener tout à un périmètre cloisonné sur Terre.

Et même si cette cloison est mouvante, elle est importante car :

  • l’Area-X est régie par ses propres lois physiques et temporelles,
  • elle constitue une enclave où le biologique est supérieur au technologique,
  • elle ne laisse pas partir les personnages sans prélever de tribut.

Dans cet espace cloisonné, on mesure la distance entre l’humanité et l’extra-terrestre non pas en kilomètre mais en degré d’étrangeté.

Et pour qualifier cette étrangeté localisée, Jeff vanderMeer utilise le terme de ‘terroir’. Une notion intéressante car potentiellement applicable à tout écosystème.

Seule petite note : si la notion de ‘terroir’ est cohérente et originale, elle reste, en français, associée à de la gastronomie. Il m’a fallu quelques heures pour cesser d’imaginer l’Area-X peuplée de saucisson de sanglier au romarin…

Le conflit en désescalade

La trilogie Area-X de Jeff VanderMeer est un « anti Independance Day ».

Cela se constate simplement en regardant l’évolution des titres. Elle traduit un rapport à l’adversaire allant de la combativité à la résignation.

Pas d’appel conquérant aux armes, donc. Pas non plus de sursaut guerrier, ou de géniale invention de dernière minute permettant de faire exploser les aliens comme un soufflé au fromage oublié au micro-ondes. La bataille que relate Jeff VanderMeer se livre sur un terrain psychologique proche du travail de deuil.

Citation

to disappear into the border was to enter into some purgatory where you would find every last and forgotten thing.

Informations

  • Le premier tome du Rempart Sud, Annihilation, a reçu le prix Nebula du meilleur roman 2014 et a été publié en France en 2016.
  • Le second tome du Rempart Sud, Authority, devrait sortir aux éditions Le Diable Vauvert en octobre 2017 {date exacte non confirmée par l’éditeur}.
  • Le dernier livre de Jeff VanderMeer, Borne, publié en anglais en 2017, relate la relation entre une héroïne et une animal étrange à la forte capacité de mutation. L’ambiance post-apocalyptique est réussie, et la créature exprime bien l’attachement de l’auteur aux potentialités du monde du vivant. Je n’ai cependant pas accroché…
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