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Children of earth and sky – par Guy Gavriel Kay : astrolabe en fleur bleue

De la fantaisie, ce livre n’en contient que de rares touches. A peine quelques artifices qui servent à l’auteur à se tirer de situations épineuses (on frôle parfois la triche).

Children of earth and sky tient plutôt de la fresque historique. Les destins d’une dizaine de personnages s’entrecroisent, sur fond de luttes politiques et militaires entre les nations. C’est aussi cynique à l’échelle des états que niais à l’échelle individuelle.

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Amorce de l’histoire : deux empires s’affrontent chaque année, à la belle saison. Entre eux se tiennent de petites nations insulaires, qui jouent leur avenir sur des intrigues et des coups discrètement portés.

Imaginaire style renaissance

L’univers de Guy Gavriel Kay s’inspire cette fois-ci de l’Europe du XVième / XVIième siècle. Les jeux de pouvoir rappellent explicitement l’histoire de Venise, de l’Empire Ottoman et de la dynastie des Habsburg. On quitte le traditionnel médiéval-fantastique pour la renaissance-fantastique.

Concrètement, les premiers canons menacent les murailles des châteaux, les arquebuses sont aussi dangereuses pour leur propriétaire que pour l’adversaire, et les banquiers jouissent d’une influence considérable. Ce qui nous éparne au moins les clichés des chevaliers aux armures rutilantes chargeant dans la brume du matin.

Narration en astrolabe

Comme des astres dans un système solaire, les personnages clés suivent chacun leur propre orbite, croisant ponctuellement celle des autres avant de reprendre leur chemin. La trajectoire des héros constitue une mécanique de corps céleste, avec ses attractions et ses répulsions. Certains objets filent en ligne droite avant de s’écraser, d’autres tournent paisiblement autour du centre du pouvoir. Cela nous donne un livre qui jongle habilement entre les différents protagonistes.

narration

De la romance qui suinte de tous les personnages

Et pourquoi faut-il donc qu’ils tombent amoureux et qu’ils se pâment à tout va ? L’univers est pourtant assez réaliste : les hommes politiques ourdissent leurs coups bas en affichant de grands sourires, et les guerres se gagnent autant en fonction du temps que des hommes. Mais c’est à croire que les héros sont accompagnés par des ménestrels. Ils tuent sans ciller, et la seconde suivante, leur petit cœur bat à la chamade à la vue d’un(e) beau / belle gosse.

Comme si cela ne suffisait pas, Guy Gavriel Kay tient à analyser le ressenti de tous ses personnages, dans toutes les situations. Quitte à se répéter. Et à écoeurer le lecteur dans une soupe à la Harlequin qui masque les aspects intéressants des héros.

Mais qu’est ce qu’on en a à faire, de ces émois adolescents de tueurs sans pitié ?

 

Il faut se faire une raison : Guy Gavriel Kay a laissé loin derrière lui la Tapisserie de Fianovar qui a marquée mon adolescence. Sa fantaisie est devenue bien plus classique, plus historique, plus sensible. Plus originale dans le contexte, bien plus stéréotypée dans les mentalités.

Citation :

Lives continue or they end, empires move forward or are cut off, as with shears, if rain falls or does not.