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Red sister – par Mark Lawrence : soirée couteaux – pyjamas

Suivez les aventures de Nona, petite tueuse de neuf ans qui apprend, dans l’univers de Mark Lawrence, à pardonner devenir infirmière jouer à la poupée tuer encore plus efficacement. Mais entre copines.

Red sister - Mark Lawrence

Mark Lawrence se moque des parcours initiatiques.

Car dans un parcours initiatique, le héros apprend de ses failles et de ses erreurs. Il écoute (in fine) ses compagnons de route et ses maîtres. Il apprend et tire d’une série d’aventures une grande leçon sur la vie, l’univers et le reste (la force de l’amitié, ou la puissance de la sagesse intérieure, ou la vertu de l’obstination et du travail acharné, ou le sens des priorités, etc), et il éprouve, au dernier chapitre, sa nouvelle stature à travers un combat final. Fin de l’histoire, merci d’être venu(e).

Je le répète : Mark Lawrence s’en moque, de ce canevas moralisateur. Et c’est bien ce qui donne à ses cycles un côté jouissif.

Ses héros trouvent (et retrouvent) leur force dans leur personnalité originelle, sans que l’on vienne les ‘déformer’.

Le prince des épines est, dès les premiers chapitres, un sociopathe de très grande envergure.

Le prince des fous : imprévisible.

Red sister : basiquement, enragée.

Ne cherchez pas plus loin. Toute l’histoire consiste ensuite à ‘taper’ sur ces personnages et à constater à quel point ils sont capables de reprendre leur ‘forme’ initiale (on pourrait appeler cela des ‘personnages à mémoire de forme’), et d’en tirer profit.

A ce titre, bien qu’ils soient accompagnés dans leur quête par une flopée de frères et soeurs d’armes, les héros de Mark Lawrence satisfont un désir d’individualisme et de puissance. Ils ne se soumettent pas à leur environnement, mais le soumettent. Ils ne rendent compte à personne, malgré les liens d’amitié qu’ils peuvent entretenir. Ils expriment leurs besoins et leurs envies avant toute chose.

Le plaisir que je prends à lire Red sister, je le puise dans mes restes de pulsions adolescentes, voir dans mon cerveau reptilien.

La douleur comme essence d’un moteur à explosion

De toutes les surenchères que Mark Lawrence peut mettre en scène dans ses romans (et je pense par exemple à l’incipit, qui annonce qu’il faut deux cents soldats pour abattre une ‘soeur’), la plus addictive est celle de la souffrance des personnages.

On tourne les pages pour voir jusqu’où ils pourront tenir (dans une logique très bien exprimée dans le Ventre de l’arc de K. J. Parker), pour voir quelle quantité de supplice ils pourront encaisser avant de réagir.

Et cette réaction, qui ne manque pas de venir, on l’espère proportionnelle à la douleur reçue par le héros.

D’où des explosions de violence savamment contenues, et encore plus savamment libérées.

Red sister ne fait pas exception à cette logique.

Roman d’un auteur à ses fans

Bien qu’il ne soit pas nécessaire de faire partie de ses initiés pour aborder ce nouveau cycle, Mark Lawrence s’adresse avant tout à ses lecteurs assidus.

Ceux que vise la campagne de communication de ce bestseller programmé.

Ceux qui connaissent les particularités de ce monde glaciaire, techno-magique.

Ceux qui se demandent, avant même d’ouvrir le livre, de quelle ancêtre il s’agit, en listant dans leur tête les candidates potentielles.

Ceux avec qui l’auteur joue, en dosant les temps passé, présent et futur de manière toute professionnelle, et en manipulant les émotions du lecteur avec dextérité.

Ceux qui seront immédiatement intéressés par les liens (assez naïfs, quand même) tissés entre les différentes soeurs dans leur prime jeunesse.

Car l’univers n’est que très peu enrichi par ce nouvel opus. L’intrigue est assez maigre, et l’on oublie facilement que les héroïnes sont adolescentes, tant leurs raisonnements peuvent devenir pragmatiques. La sororité et son lot de liens affectifs ne sont pas très convaincants.

Pas de nouvelle recette donc. Plutôt le nouveau cookie que l’on va piocher dans une boîte déjà ouverte.

Citation :

The punch she delivered to his throat held such force that her arm passed through his neck, scattering the small bones of his spine in a crimson splatter.

 

 

Kings of the Wyld – par Nicholas Eames : si les Rolling Stones étaient un groupe d’aventuriers…

Dans la Fantasy, les vieux héros arthritiques reprennent souvent les armes.

Et, petit poncif, ils ont tendance à découper les jouvenceaux en rondelle sans même se fatiguer.

Le Cohen de Pratchett ou le Druss de Gemmel se tiennent la hanche en se levant le matin, mais au combat ils restent de stature héroïque.

Donc presque intouchables.

Les retraités de Kings of the Wyld fait mentir ce préjugé (pour mieux le rattraper par la suite, mais c’est une des constantes de la Fantasy légère).

Kings of the Wyld - Nicholas Eames

Faites-vous plaisir, faites vous avoir.

C’est une recette simple qu’applique Nicholas Eames.

Il nous présente des héros en nous parlant d’abord de leurs faiblesses.

Il leur promet une dernière quête, un baroud d’honneur.

Et il nous offre un roman d’action classique, de bout en bout.

Rien de trépidant à première vue.

Ce qui le sauve, et ce qui vaut la peine de l’extraire des romans de fantasy copiés/collés qui inondent les étals, c’est la constante ironie qu’il s’impose.

Au delà des nombreuses blagues qui émaillent le récit, Kings in the Wyld nous propose une quête à laquelle les héros ne croient pas vraiment.

Ils partent à l’aventure par habitude, sans se voir réussir.

Ils disent au revoir à leur famille sans tout à fait s’imaginer revenir.

Et ils se comportent de manière héroïque presque par accident. Sans faire attention, pourrait-on dire.

C’est un petit peu la même chose que réalise ce roman : il séduit sans trop le chercher, il s’offre des incursions dans un imaginaire tantôt presque enfantin (avec des ours hiboux), tantôt très adolescent (tripes et roulés-boulés), tantôt plus mature (lorsque les héros ne peuvent pas lutter contre la maladie), et il happe le lecteur avec d’autant plus de facilité que l’aventure qui nous plaît n’a besoin que d’un soupçon d’originalité…

Citation :

At his shoulder walks a sorcerer, a cosmic conversationalist. Enemy of the incurable rot, absent chairman of combustive science at the university in Oddsford, and the only living soul above the age of eight to believe in owlbears.

Senlin Ascends & Arm of the Sphinx – par Josiah Bancroft : classiques en devenir

J’ai cédé devant toutes les critiques élogieuses qui fleurissent sur la Toile, à propos de ces deux livres sans éditeur.

Senlin ascends, tome 1 de The Books of Babel. Arm of the Sphinx, tome 2.

Deux pépites qui méritent d’être lues. Et portées par des foules de lecteurs enthousiastes, jusqu’à qu’elles trouvent leur place parmi les classiques de la fantasy.

Deux histoires indissociables, tant la lecture du premier tome pousse à se jeter sur le deuxième.

Deux surprises, tant l’univers proposé est riche, et potentiellement plus riche encore.

Chapeau bas. En attendant impatiemment la suite.

senlin-ascends_josiah-bancroft

En un mot : Senlin, instituteur d’un petit village, part en voyage de noces pour la fameuse tour de Babel. Sans savoir qu’il y commence une nouvelle vie…

La valeur de l’équilibre

C’est une réflexion que l’on peut se faire aussi bien en dévorant les histoires de Harry Potter ou celles de Senlin qu’en goûtant à de la bonne cuisine.

Tout tient à un excellent équilibre entre les différents ingrédients.

Le dosage des différents éléments de l’intrigue, la composition des personnages, les descriptions vives et pourtant mesurées d’un univers délicatement steampunk… Tout concourt à former dans l’imaginaire du lecteur une scène vivace, une scène que l’on suit avidement.

Vous aurez sans doute lu des livres plus drôles. Ou plus intenses. Ou plus épiques.

Mais il faudra vous creuser la tête pour en trouver un qui, distillant tous ces ingrédients sans en avoir l’air, vous captivera plus que celui.

Même si vous vous considérez comme un vieux de la vieille de la fantasy. Vous voici prévenus.

Senlin, héros détaché

De nombreux romans de fantasy prennent pour acquis l’attachement du lecteur au personnage principal.

Ils nous livrent un Héros lancé dans une lutte du faible contre le puissant. Ils nous pointent du doigt ce qui doit être beau, laid, bon et mauvais.

Josiah Bancroft préfère le héros qui n’en a pas l’air. Celui qui ne cherche pas à conquérir les foules ou à jouer la badass solitaire. Celui qui n’est même pas admirable.

Son personnage d’instituteur sobre et raisonné est ô combien rafraichissant.

Il ressemble au professeur le plus strict dont vous pourriez vous souvenir. Cet anti-aventurier qui mesure le monde plus qu’il ne le parcourt.

Ce sera lui, votre compagnon de route au cours de votre ascension de la tour de Babel.

Lui qui sera capable de vous surprendre, comme une leçon qui, malgré vous, se révélera intéressante.

Roman d’apprentissage par accident

Vous devinez sans doute que le brave instituteur va s’endurcir. Se découvrir de nouvelles facettes. Prendre du poil de la bête.

Mais à plus d’une occasion, vous serez heureusement déçus.

Le cycle de Babel ne raconte pas l’ascension d’un homme selon une trajectoire linéaire, ce serait tellement rébarbatif.

Il narre ses errements, ses erreurs, ses chutes et ses hésitations, avec ce qu’il faut comme réflexions pour crédibiliser les situations.

Il n’accouche pas d’un stéréotype, mais d’un individu qui garde sa complexité et son humanité.

C’est sans doute pour cette raison qu’il conserve son intérêt tout au long des deux tomes, sans jamais faillir.

Ce que je ne peux pas dire du livre sans poser de question à l’auteur

On pourrait s’amuser à faire une lecture sociale des livres de Babel.

Ou se concentrer par chauvinisme sur les références françaises qui ponctuent les livres (le peintre Ogier, le révolutionnaire Marat…).

Ou se focaliser sur les références religieuses d’un symbole biblique rarement utilisé en fantasy.

Et sans tromper sans doute du tout au tout.

On peut aussi, plus fidèlement, suivre un forum auquel répond directement l’auteur.

Citation :

« Adam, call me Tom. It’s nice to see a friendly face. »

Adam’s expression clouded again, and his grip weakened. « You have no friends. »

Senlin laughed, startling Adam. « That’s what all my friends say ».

NB : grâce à la coopération de M. Bancroft, ces deux livres ne sont plus disponibles uniquement sur Amazon (puise-t-il un jour faire travailler ses salariés dans des conditions décentes), mais également sur Kobo. Et sur son site.

The Builders – par Daniel Polansky : dynamite, revolvers et longues, longues moustaches

Voici un roman adolescent, empli de violence, de clichés, de poses et de répliques de durs à cuir.

Et n’allez pas croire qu’il s’agit là d’un reproche.

Daniel Polansky a écrit ce roman au second degré, pour le simple plaisir de revisiter à la sauce rongeurs des scènes cultes de western et de fantasy.

A l’inverse d’un taxidermiste, il ne fige pas souris, belettes et mouflettes, mais les remplit d’adrénalines et de caractères de badass !

A savourer comme une Légende de la Garde survitaminée.

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Amorce de l’histoire : un capitaine souris rassemble son ancienne équipe pour prendre sa revanche sur d’anciens camarades qui, 5 ans plus tôt, l’ont trahi et l’ont laissé pour mort.

Une recette classique respectée à la lettre

Tous les ingrédients sont là : de l’action, du suspens, des personnalités outrageusement exagérées, de l’héroïsme, de la classe, du sang-froid, de la trahison, et une mécanique de vengeance soigneusement huilée.

Le tout incarné dans des rongeurs hauts comme trois pommes.

Imaginez Clint Eastwood en train de mâchouiller une graine de tournesol haute comme sa tête, sur un empilement de cadavres. Et vous avez là tout le plaisir de l’auteur, dont on sent l’amusement à chaque ligne, et celui du lecteur.

Il n’y a pas grand chose à dire de plus sur ce livre. Ce n’est « que » une blague potache brillamment menée, un classique parmi les hommages aux classiques, un moment de pur plaisir régressif.

Ce n’est « que » le roman le plus savoureux que je n’avais pas lu depuis bien longtemps…

Citation :

– « This is the greatest hat anyone have ever worn, » he said, pointing at his beret. « This hat was a gift from the Emperor of Mexico, after I saved his life from a rampaging skunk. he begged me to stay on as his chief adviser, but I said ‘Emperor, Bonsoir cannot be caged, not even with bars of gold' ».

– « Mexico doesn’t have an emperor. »

– « That is Mexico’s misfortune, for all the greatest countries have emperors. »

Swords and scoundrels – par Julia Knight : chamailleries à coups de rapières

Ce n’est pas un roman bien écrit.

Ni si bien ficelé, d’ailleurs.

Mais il utilise une mécanique narrative ingénieuse entre passé et présent, et un jeu d’attraction / répulsion bien mené entre le frère et la soeur.

Et, surtout, surtout, il se situe dans un monde fantasy confronté au progrès technologique.

Quel bien cela fait de se détacher du poncif du déclin d’une civilisation millénaire dont des héros cherchent désespérément à déterrer des trésors perdus…

Un homme et une femme, tous deux avec un air bovin, une épée à la main et du cuir partout ailleurs

Ils ont l’air niais comme ça, à jouer les gros durs, hein ?

Gros clin d’oeil à la Révolution française

Dans l’univers de Julia Knight, une royauté est renversée par un mouvement populaire.

Les dieux qui asseyaient son autorité sont bannis.

Et la seule existence d’une divinité est celle d’un Dieu horloger.

Peut-être est-ce une erreur, mais je ne peux pas m’empêcher de penser à la vision religieuse des Lumières qui, loin de réfuter toute existence divine au nom de la raison, lui préfèrent un dieu horloger, minutieux, capable de façonner notre univers dans toute sa complexité, et d’expliquer ainsi toutes les merveilles de la nature que la science découvre.

A cette même époque, les lames sont affinées, et les pistolets à silex et à percussion se sont généralisés.

Voici le contexte de ce livre, dans lequel les deux héros, fines lames forcément, sont, dès les premières pages, dépassés par des armes qui ne nécessitent que quelques minutes d’apprentissage, le temps de comprendre dans quel sens pointer le canon et où se trouve la gâchette.

Ils sont rapides, mortels, renommés… et déjà périmés. C’est pour cette seule raison que, contrairement à de nombreux personnages de fantasy, il est possible de leur pardonner leur insupportable habilité au combat.

Des personnages posés en équilibre

Julia Knight ne ménage pas ses efforts pour affiner les relations d’amour et de haine entre le frère et la soeur que vous admirez en couverture.

Elle ajoute de la perspective à travers des flashbacks à répétition.

Elle explore leurs pensées, leurs envies et leurs contradictions.

Et, paradoxalement, c’est dans les personnages secondaires qu’elle réussit le mieux à se dégager des stéréotypes.

L’ennemi principal du duo de héros est un indécis.

Leur meilleur allié est un benêt très réussi.

Et les pontes qui tirent les ficelles ne voient pas plus loin que le bout de leur nez.

Peu de leçons de morales, donc.

Et encore moins d’occasions de deviner vingt pages en avance ce qui va se passer. Au risque d’éprouver le sentiment de n’aller nulle part…

Pas bien subtil, et alors ?

On pourrait lister longtemps les livres du même genre qui le battent à plate couture.

Dans le style « histoire de vauriens », les histoires Salauds Gentilhommes sont plus jouissives.

Gagner la guerre regorge d’une gouaille dont Julia Knight ne pourrait même pas rêver.

Le Prince de la pègre se révèle plus tortueux.

Mais Scott Lynch accuse un retard moyen de 3 ans sur ses derniers ouvrages. Jaworsky ne sort pas un livre par semaine. Et Douglas Hulickdéçoit après le premier tome.

Dans un genre qu’il n’est pas si aisé d’alimenter, Swords and Scoundrels a le mérite de délivrer une marchandise honnête, une histoire sans trop de fioritures qui jongle avec les idéaux sans morale cachée.

Au regard de la production fantasy actuelle, c’est déjà pas mal…

Citation :

Ok, Vocho, you annoying little bastard. […] At least I know when you’re lying, because your lips move.

Nine Goblins – par T. Kingfisher : perle verte et visqueuse

Le goblin est une des créatures les plus modestes du bestiaire fantasy classique.  Il va rarement, à lui tout seul, mettre un empire à feu et à sang.

De la même manière, Ursula Vernon (sous le pseudonyme de T. Kingfisher) ne prétend pas non plus écrire de l ‘epic fantasy’ mettant en jeu le destin du monde.

Elle n’a qu’une ambition : nous faire passer une ou deux heures agréables en compagnie de ses troupiers.

Et elle y arrive très, très bien.

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Amorce de l’histoire : une escouade de neuf goblins s’égare lors d’une bataille contre les elfes et les humains.

Rendre attachant ce qui aurait bien besoin de détachant

Nine goblins relève de la pièce de théâtre.

Il s’attarde sur un groupe de quelques peaux vertes, lui adjoint quelques autres protagonistes, explore quelques décors, et le tout est joué. Rien qui ne peut être mis en scène à l’aide de deux ou trois artifices bien placés. Et beaucoup de maquillage.

En se focalisant sur ce nombre limité d’éléments, Ursula Vernon parvient à les rendre vivants. Les tas de remugles sur pattes que constituent les personnages jaillissent du livre pour envahir notre imagination. Et ce avec une netteté assez stupéfiante. Tout tient aux dialogues.

L’on assiste donc aux chamailleries, aux plaintes et aux idées absolument minables des membres de cette l’escouade, spectacle réjouissant parce que donné avec un ton juste et un art consommé de la stupidité.

Rien de baddass, il faut le dire. Votre coeur ne sera pas gonflé par l’émotion que procure une charge du Rohan. Vos rêves de gloire ne se concrétiseront pas sur le papier. Mais sans doute serez vous surpris par la logique des gobelins. Une vraie logique, un raisonnement tordu, et tellement évident une fois énoncé, qui prouve que l’auteur a réussi à dépasser largement le stade du cliché, pour se glisser dans la peau sale de ses personnages*.

Je vous laisse en juger avec cette citation :

Goblins appreciate machine that are big and clunky and have lots of spiky bits sticking off them, and which break down and explode and take half the Corps with them. That’s how you knew it worked. If it couldn’t kill goblins, how could you trust it to kill the enemy ?

 

Si vous deviez trouver un premier livre pour vous mettre à la fantasy en anglais, Nine goblins serait probablement un très bon choix (rappelez-vous juste que ‘zucchini’ veut dire ‘courgette’).

Donnez lui donc juste sa chance. Pour la petite heure de lecture qu’il demande, il le mérite amplement.

Vive les romans basés sur des races débiles ! Ils tiennent leurs promesses.

*à ce titre, l’auteur devrait gagner un ‘point Terry Pratchett’. Ou une médaille.

NB : ce livre est auto-édité. Vous trouverez les informations nécessaires pour vous le procurer au format électronique sur le site de T. Kingfisher.

The Fifth Season – par N. K. Jemisin : subtil séisme

Méfiez-vous de la terre qui dort.

Cela pourrait être l’adage de ce premier tome de cycle fantasy baroque.

Triste, il nous raconte les difficultés de toute lutte. Le sentiment d’inéluctabilité des catastrophes vaut autant à l’échelle personnelle que terrestre.

Grandiloquent, là où d’autres livres manipulent les boules de feu, lui remue les plaques tectoniques.

Maîtrisé, il joue avec les procédés de narration et distille avec précision les éléments de l’intrigue.

Engagé, il nous parle, à mots à peine couverts, de luttes sociales et d’écologie.

pour nos amis malvoyants : une sculpture florale en bas relief dans un mur vert-de-gris

Le motif de la sculpture renvoie à la dimension baroque du livre

Amorce de l’histoire : trois femmes, ayant chacune un pouvoir sur la terre, évoluent dans un monde hostile à leur singularité.

L’art du morcellement et de la recomposition

Le continent de The Fifth Season s’agite en permanence. Cela se traduit par des secousses, des tremblements de terre, et des volcans qui poussent en une nuit au milieu d’une terre battue comme un comédon sur un visage malchanceux. Les couches de terre se déchirent, puis se recomposent lentement.

La narration de ce livre fonctionne de manière similaire :

  • Dans les protagonistes : trois pistes, trois personnages, s’entrecroisent dans un monde dont des détails diffèrent.
  • Dans le décor : les vestiges empilés de civilisations, que tout le monde ignore superbement, se mêlent aux communautés qui ne seront bientôt plus que des ruines.
  • Dans le temps : l’Histoire du continent subsiste dans des fragments de textes mélangés aux traditions et aux superstitions.
  • Dans les guerres de pouvoir : les factions ne brandissent pas d’étendards. Elles luttent sans mot dire, le visage couvert.

C’est un jeu subtil auquel il faut prêter attention. N’espérez pas pouvoir lire ce livre en diagonale.

Un livre dont vous n’êtes pas le héros

Dans un chapitre sur trois, N. K. Jemisin s’adresse directement à vous, lecteur. Vous êtes une femme, d’une quarantaine d’années, partie à la recherche de sa fille. Elle vous détaille le paysage, vous murmure à l’oreille son avis sur le comportement des habitants du continent. Ils ne lèvent pas les yeux au ciel, trop préoccupés par le sol. On l’imagine comme une voix posée, sirotant son café en racontant son histoire.

Ce mode de narration emprunte la spécificité du livre dont vous êtes le héros. Mais vous n’avez aucun choix. Par un effet de style, vous n’êtes plus simple visiteur, par l’acte de lecture, mais prisonnier d’un corps qui se meut et qui ressent.

C’est une autre manière de transcrire l’inéluctabilité des catastrophes qui parsèment ce livre. Une manière de maximiser l’empathie, comme de vous imposer des barreaux. Avec parfois un morceau de paysage à apercevoir.

La constance des oppressions

The Fifth Season nous parle de brides au cou des héros :

  • qui peuvent déchaîner des puissances telluriques, au prix de la destruction de leur propre environnement,
  • qui disposent d’une puissance inégalée sur les Hommes, mais aisément nullifiée par leurs Gardiens,
  • qui sont à la fois le poison et le remède d’un monde chroniquement soumis à l’apocalypse.

The Fifth Season nous parle de violence :

  • d’une terre autrefois hospitalière, et qui se rebelle maintenant contre ses hôtes, coupables de l’avoir agressée une fois de trop,
  • d’une population ignorante, accrochée à la loi du plus fort, et qui ostracise toute différence,
  • d’une classe d’individus spéciaux dont la moindre émotion peut se traduire par des cataclysmes, sur une terre qui fonctionne comme une caisse de résonance.

The Fifth Season nous parle d’un voile :

  • jeté sur la vérité : les personnages sont à peine conscient du monde dans lequel ils évoluent, malgré leur sensibilité épidermique,
  • qui tombe avec les cendres produites par dernier cataclysme en date, jouant le rôle de linceul,
  • qui occulte toute vision à long terme des personnages, incapables de penser à long terme.

La violence de ce livre est une réaction physique à cette oppression omniprésente.

Et, heureusement, elle est très bien maîtrisée par N. K. Jemisin : retenue le long de passages mélancoliques pour être mieux libérée ensuite dans les passages les plus intenses. Chapeau bas.

Citation :

My people didn’t use mysterious powers to track you; we used deduction. Much more reliable.

Warlock Holmes – par G.S Denning : petit pastiche à déguster

Qu’il est délectable, ce livre. Sa quatrième de couverture ne vante pas un humour irrésistible (premier piège évité), ni une descendance directe de Terry Pratchett et Douglas Adams, ou une certification 100% anglaise.

Tant mieux, c’est le signe qu’il mériterait presque tous ces éloges (je m’emporte, que A’Tuin me pardonne).

Pour nos amis malvoyants : un jeu de caligraphie et de fioritures, en vert en noir, avec des silhouettes en coin : Sherlock (reconnaissable avec sa pipe et son chapeau), un géant et une chauve-souris

A Study in Brimstone (soufre) : premier indice sur la nouvelle profession de Sherlock Holmes

Destructurer, puis recomposer l’histoire de Sherlock Holmes.

Première raison d’aimer ce personnage plus recyclé qu’une blague de pilier de comptoir : Warlock Holmes est un anti-Sherlock. Bien qu’il en prenne les apparences (casquette & impulsivité, appartement & manies asociales), il est décrit dès la quatrième de couverture comme un idiot. Pas de déception de ce côté là, la logique pointilleuse du détective attendra. Watson, pour sa part, est en partie Sherlock, en partie le Watson original. Lestrade ne ressemble pas à Lestrade, mais il en joue indirectement le rôle. On ne voit jamais le professeur Moriarty, et pourtant…

Dans ce jeu de recomposition, où les rôles s’échangent, G. S. Denning a pris une particularité de Sherlock Holmes au pied de la lettre : il vit dans un autre monde. Mais plutôt que de l’enfermer dans sa tête (le ‘mind palace’ qu’on aimerait tous avoir), ici on utilise les ressorts du fantastique pour faire déborder cet univers personnel sur le monde réel. Sherlock appartient au « bizarre » (dans le sens adopté par les anglo-saxons) et il n’est plus le seul. On se retrouve donc avec un inadapté qui, cette fois-ci, a toutes les bonnes raisons de l’être (son Londres surnaturel mais policé rappelle parfois celui de « Rivers of London »). Et un Watson tout à fait normal qui se retrouve inadapté dans l’univers de Sherlock. L’histoire peut commencer.

Humour anglais : G. S. Denning parvient souvent à faire mouche.

Particulièrement si vous avez encore en tête les histoires les plus connues du détective, à travers les romans originaux ou la succulente version modernisée de Sherlock par la BBC. Des pans entiers des premières nouvelles constituent des jeux de ping-pong, entre situations déjà connues et fantaisies de l’auteur. On s’engouffre dans une histoire classique (par exemple : une Etude en rouge), puis on s’éloigne de la version initiale pour se tourner vers le surnaturel, puis pour revenir au classique et bifurquer à nouveau.

Au passage, G. S. Denning prend un malin plaisir à détourner les répliques les plus célèbres de Sherlock. Sauf le « élémentaire, mon cher Watson », invention cinématographique qui n’a rien à voir avec le héro de Conan Doyle.

Que l’on se rassure : même si « Warlock Holmes » est présenté comme un imbécile, son histoire constitue une parodie plus fine et pince-sans-rire qu’un « Barry Trotter« , et plus sage et plus anglaise que les déambulations de malade mental du stupéfiant Sherlock de « L’instinct de l’équarisseur » (dont la scène du zeplin reste mon meilleur souvenir).

Parviendra-t-il à ne pas s’essouffler ?

Trois tomes sont déjà programmés, et l’on sent bien que ce premier opus enclenche une histoire globale qui vise à être déployée. Mais s’inscrire dans la durée signifie s’affranchir de ce jeu de clins d’oeil et de références directes qui fait justement le charme d’un pastiche. Maintenir le niveau de Warlock Holmes s’annonce difficile. D’autant que l’auteur passe déjà en revue dans ce premier tome un grand nombre des références les plus connues.

Il ne reste plus à G. S. Denning qu’à élever le sens de la réplique de ses personnages à un niveau tel que l’on se moque totalement de l’histoire en elle-même (petite pensée pour l’humour de Gidéon Defoe).

Citation

It was a drary sort of day and both our Scotland Yard friends had nothing else to savor but the bitter broth of professionnal defeat – a perfect day for Ceylon tea.