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The Grace of Kings – par Ken Liu : flamme tiède

J’attendais beaucoup de ce premier tome de The Dandelion Dynasty.

Après tout, Ken Liu collectionne les récompenses littéraires comme autant de médailles sur le costume de parade d’un amiral soviétique.

Mais voilà, il semblerait que son génie réside dans les dizaines de nouvelles et de romans courts qu’il a signées.

Pas dans ce roman fleuve, indigeste, et frénétique dans sa propension à aligner les faits comme autant de dates d’un mauvais livre d’Histoire.

simple image de séparation chapeau / paragraphe

Amorce de l’histoire : à la mort d’un empereur, des nations autrefois unifiées par la force se soulèvent les unes après les autres, chacune avec ses propres héros et ses propres armes. Et la roue peut commencer à tourner…

L’auteur bien au-dessus de son roman

La première image du livre est celle d’un « oiseau » survolant un cortège impérial.

Cela décrit assez bien le rapport de Ken Liu à son histoire : il se positionne devant une carte géographique, bougeant ses personnages comme autant de pions grossièrement taillés. Son style est expéditif, sa prose celle d’un manuel scolaire.

Au final, qu’avons-nous ?

  • des personnages réduits à leur rôle de stéréotype (héros implacables ou malins, second couteau, femme fatale, ennemi loyal, etc ad vomitam),
    • leur sagesse à la hauteur d’une chaîne d’emails (le brin d’herbe est plus fort que l’épée, oui oui oui…),
    • leurs tirades amoureuses puisées dans Docteur Queen.
  • des conflits militaires pliés en quelques batailles, réglés à coup d’astuces et de postures héroïques,
  • des dieux en embuscade, collant à leur représentation anthropomorphique,
  • des rapports entre des personnages (presque « émos ») limités à deux options : amour ou haine. Rien entre les deux. A part un petit désespoir occasionnel, entre deux trahisons.

De la Bravoure, de la Lâcheté, de la Cruauté, de la Tendresse… On trouve de tout cela dans cette fresque. Ce qu’il manque, malheureusement, c’est tout l’éventail de comportements intermédiaires qui rendra un personnage attachant, étonnant, ou simplement vivant.

Leçon sur la nature cyclique de l’Histoire

Sonnerie, fin de la récré, en rang, et de retour sur les bancs de la classe.

Vous allez apprendre, mes petits, comment le pouvoir corrompt. Comment ça, vous le savez déjà ?

J’en ai une autre : le bien-être de la nation passe parfois avant celui des individus. Machiavel, au fond, arrête de pouffer !

Et que les empires se font et se défont, et que toujours le paysan en souffrira, vous le saviez ? Que les bandits peuvent avoir un coeur pur, que le mérite n’a rien à voir avec le rang social, et que la guerre n’apporte jamais rien de bon ? Oui ?

Et bien, dans ce cas, épargnez-vous 600 pages de clichés. Et relisons Terry Pratchett.

Une perle bien cachée ?

Il est possible que je trompe. De bout-en-bout.

Peut-être Ken Liu nous livre-t-il un roman à prendre au second degré (comme Starship Troopers). Si cela se trouve, les chansons niaises regorgeant de blagues m’ayant échappé.

Ou peut-être me manque-t-il une connaissance profonde de la culture et/ou de l’Histoire et/ou de l’actualité chinoise, pour saisir toutes les subtilités de The Grace of Kings. J’ai laissé passer des clins d’oeil au Grand Timonier, des farces que Confucius trouverait hilarantes, ou une critique acerbe de Xi Jiping.

Troisième option : ce cycle est destiné à un public adolescent, moins sensible à la répétition des clichés (mais peut-être plus à son côté scolaire).

Quatrième option : si l’on prend chaque première lettre de chaque phrase, et qu’on les assemble bout à bout, on obtient une excellente nouvelle. Mais je n’ai pas le courage d’essayer…

 

Toujours est-il que Ken Liu persiste et signe : The Wall of Storms, le tome 2 de ce cycle, sortira en octobre. La bonne nouvelle, c’est que vous n’avez pas besoin d’attendre pour vous tourner, si vous le coeur vous en dit, vers ses nouvelles déjà sorties.

Pour résumer, voici ma perle de sagesse : au bon fabricant de bougie, ne demande pas d’éclairer la rue. Et si un jour je trouve cette phrase dans un gâteau chinois, j’aurais réussi ma vie.

 

Citation :

If you’ve chosen to be a bandit, be the best bandit you can be, and your mother will be proud of you.