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The Devil you know – par K. J. Parker – au Malin, malin et demi

Amorce de l’histoire : un génie vend son âme au Diable, et entend bien en tirer le meilleur parti.

Novella sur le thème du jeu avec l’Enfer (ou l’un de ses représentants), The Devil you know ballade le lecteur avec facilité.

Elle passe d’un narrateur à l’autre sans faire mine de s’en soucier, agençant un plan que l’on voit venir sans parvenir à en saisir toute la portée avant les dernières pages.

Le Malin est peut-être ici un petit peu naïf. Mais il a un défaut : sa connaissance intime de la vie de son adversaire lui laisse croire qu’il pourra prédire tous ses mouvements.

Rien de plus faux, en définitive.

Pour nos amis malvoyants : deux hommes, en haut d'une colline, regardent un château au loin

Plus que les flammes dans l’herbe, ce sont les bretelles qui me perturbent dans cette illustration…

Et si vous aimez ces défis maniérés avec le maître des royaumes souterrains, toute en politesse et fourberies, je vous conseille également :

  • le cycle de Johannes Cabal : son personnage de nécromancien misanthrope et guindé bat tous les seigneurs des ténèbres du monde.
    • les nouvelles A long Spoon (en référence à l’adage ‘quand on mange avec le Diable, il faut une longue cuillère’) & The Death of me sont particulièrement savoureuses
  • Bring Me the Head of Prince Charming (Apportez-moi la tête du prince charmant) : ce livre de Sheckley et Zelany préfigure toutes les embrouilles que peut subir le Diable dans ses négociations avec les humains.

Citation (& incipit) :

I don’t do evil when I’m not on duty, just as prostitutes tend not to have sex on their days off.

The Dragon Lords – par Jon Hollins : heroic débandade

L’idée originale semble copiée sur le Hobbit.

Le style s’inspire fortement de la série des LanceDragons.

La logique, des jeux de rôle D&D.

Le tout s’inscrit pleinement dans une héroïque-fantasy que l’on croyait réservée aux romans de gare, ou oubliée sous une couche de poussière.

Mais ce roman fonctionne ! Pourquoi ? Car Jon Hollins a un plan. Ou plutôt un amour des plans qui déraillent.

Pour nos amis malvoyants : une dragon (de la taille d'un immeuble) fait face à une bande d'avnturiers équipés d'épées, de torches et d'un goût prononcé pour le suicide.

les paris sont ouverts…

Amorce de l’histoire : dans une province dominée par des dragons, un jeune paysan partage avec une bande d’aventurier un stratagème pour mettre la main sur leurs trésors.

Une logique de jeux de rôle

La force de ce roman, c’est de nous faire revivre deux moments particuliers :

Ce moment dans les jeux de rôle, où toute une équipe d’aventuriers se chamaille pour élaborer le plan le plus improbable qui soit.

Puis lorsque les joueurs se lancent, de concert, dans un assaut suicidaire pendant que le maître du jeu gémit intérieurement.

D’héroic, il n’y a que des jets de dés imaginaires, qui tirent les aventuriers du pétrin en dépit de tout bon sens. Et Jon Hollis s’en amuse. Nous aussi.

Le goût de la surprise

Il existe une manière de réussir une aventure et un million de la rater. C’est la force de The Dragon Lords, que de s’aventurer dans cette myriade de possible, et d’en tirer des scénarios jouissifs parce qu’improbables.

Le style cherche aussi à réveiller sans cesse l’intérêt du lecteur, multipliant les pirouettes et les fausses déceptions. Le tout est enjoué et coloré, comme un numéro de jongleur multipliant entre ses mains les balles de couleur.

Joyeusement vulgaire…

Les protagonistes de ce périple ne parlent pas avec un langage suave. Ils ont de la boue dans la bouche, au mieux.

Ce qui en fait une bonne raison pour le mettre entre les mains des plus jeunes. Ceux qui découvrent la fantasy. Ceux qui n’ont pas l’habitude des pavés de 450 pages. Parce que The Dragon Lords ne s’encombre pas de phrases pompeuses et de descriptions étendues à des arbres généalogiques.

Le style est nerveux et accessible. Les personnages sont vivants à défaut d’être sophistiqués. L’intrigue reste focalisée sur une seule et même idée : procurer la lecture la plus plaisante qui soit. Tout ce qu’il faut pour développer un goût du livre qui ne s’effacera jamais.

 

Aussi alambiquées que soient les idées du héros de Fool’s Gold, le plan de Jon Hollins respecte une règle en or tout au long des chapitres : rester étonnamment simple.

Citation (sans F**k ni « balls ») :

« They say you’re a bastard if you don’t know who your pa was, but if a man can tell you who is pa was eight generations back… that’s when you know you’ve got a real bastard. »