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The Nightmare Stacks – par Charles Stross : gâteau chocolat – andouillettes (TOME 7 DE LA SÉRIE LAUNDRY FILES)

Prenez un cycle résolument original (le cycle de la Laverie), à la croisée des horreurs de Lovecraft et de la bureaucratie anglaise à ses heures les plus sombres.

Commencez par un tome à l’écriture nerveuse, regorgeant d’humour noir (Le bureau des atrocités).

Etirez vos idées tout au long de sept tomes.

Changez sur la fin le héros.

Insérez de la romance.

Gardez une pointe d’esprit.

Revenez sur votre volonté de rester dans votre moule, et, tous comptes faits, allez chercher une idée WTF (du médiéval-fantastique qui débarque entre deux voitures – je ne divulgâche rien, c’est sur la couverture…).

Bref, prenez une bonne recette de gâteau et ajoutez y de l’andouillette.

Et vous obtenez… malgré quelques bonnes bouchées, 400 pages à vous demander ce que vous avez entre les mains.

loup

Amorce de l’histoire : le tissu de la réalité de notre univers se fendille, laissant passer des visiteurs indésirables issus de dimensions parallèles à la recherche d’un nouvel habitat.

Une série littéraire unique.

Avant tout : rappeler que les cinq premiers tomes de la série de la Laverie méritent toute l’attention d’un lecteur exigeant, amateur de mélange des genres et de romans nerveux.

La Laverie, c’est la série The Office + Men In Black.

C’est les méthodes Agiles appliquées à votre transformation en vampire.

C’est le réveil des Dieux Anciens traité à coup de commissions et de formulaires…

des menaces d’apocalypses standardisées dans un jargon de SSII…

ou le destin du monde ordonnancé par un Maître du Jeu, reclus quelque part, dans une pièce sombre, avec ses dés cliquetant sans sa main…

Le cycle de Charles Stross intègre les codes du geek à l’ancienne à un univers gris, fantastique et cynique. On y meurt dans une explosion de tripes au plafond, ou figé par la transformation de ses atomes de carbone en silicium (je vous laisse compter combien vous en avez en vous…), mais ce n’est pas aussi désagréable qu’un pot de départ où l’on commence à se poser trop de questions.

Nouvel héros, nouvelle ambiance.

Nous voici au septième tome.

Dans le sixième, déjà, des problèmes de couple interfèrent avec le destin du monde.

Ici, Bob Howard continue de faire sa vie, dans son coin. Après s’être concentré sur sa femme, Mo, Charles Stross met au premier plan un ancien personnage annexe : Alex, ancien banquier, nouvelle recrue.

Et nous voici en route avec un natif de Leeds, bourgade de 750 000 habitants qui a certainement marqué Charles Stross comme un coin de péquenauds. Pourquoi pas.

En route avec une bleusaille, en proie à des questions existentielles à propos de conséquences de nouvelles dents pointues sur sa vie quotidienne. Soit.

Avec un sorcier qui n’a pas encore eu l’occasion de tester sa bravoure, même face à sa mère…

Avec un sentimental…

Que celui à qui Bob Howard ne manque pas me jette la première pierre.

Mais pourquoi du Tolkien dans la soupe ?

Avec les codes de la Laverie, on ne parle pas d’elfes. Ni d’extra-terrestres venus d’autres dimensions. Mais de « Code Nightmare Red », ou encore de « idiopathic macroscopic cryptobionic infestation » et de « medieval cybermen ». Aux oreilles pointues. Enfin, ça reste des älfars, du peuple ancien, des e-l-f-e-s quoi. Des teignes qui ne sont pas sans rappeler les envahisseurs de « Nobliaux et sorcières » de Terry Pratchett.

Charles Stross fait mouche quand il les dépeint comme des agresseurs démodés, incapables de comprendre une société post-féodale ou une guerre asymétrique. Le comique de situation fonctionne à l’échelle des peuples. Mais c’est une nouvelle menace sur notre bonne vieille Angleterrequi doit se faire une place entre les Anciens des profondeurs et les nosfertus. Imaginez alors la Laverie comme une photo de famille. Un tirage un peu jauni, un peu tâché de sang. Mettez-y des geeks, des démons tentaculaires, et des cartes à puce. Quand un elfe en armure se glisse au premier rang, le photographe (s’il est encore en vie) se dit que ça ne va pas. Et puis quoi, après ? Des dinosaures ? Oups, trop tard : il y a aussi des dragons…

 

Avec des références à Matrix ou Stargate, un tempo digne des films d’action standardisés, un nouvel héros assez impersonnel, et une dose de sentimentalisme glissé entre deux menaces de fin du monde, The Nightmare Stacks, malgré quelques surprises sur la fin, laisse dans la bouche comme un goût de scénario de blockbuster hollywoodien.

Pas grand chose à voir avec ses premiers livres, donc, eux qui restent à déguster sans faim comme un croustillant au monstre des profondeurs.

 

Citation :

Even now, years after the fact, the Cobweb Maze group are still trying to work out how X [->filtre antispoil concernant un tome précédent] subverted his oath to office so thoroughly that he squared running a congregation of the Cult of the Red Skull with his remit as a departemental manager in IT Services. Theories to account for his deviant behavior include an undiagnosed psychopathic personnality disorder, an impressive talent for double think, and overexposure to Windows 2000 Domain Services.