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Sept nouvelles pour les jours de versatilité

Parfois, les romans défilent sans parvenir à accrocher votre attention.

J’ai tenté de lire Sorcerer to the Crown, The Dream-Quest of Vellitt Boe, The Shepherd’s Crown, Wolfhound Century… Autant de livres bénéficiant de bonne critiques, pour la plupart sans doute justifiées.

Mais ce n’est pas suffisant.

Pas les jours où l’on a la capacité d’attention d’un lapin sous acide…

Autant se tourner vers des formats courts, dans lesquels les idées des auteurs s’expriment sans préambule.

Laissez-moi donc vous présenter 7 nouvelles anglophones, gracieusement mises à disposition par leurs auteurs sur la Toile, et qui méritent sans doute votre attention.

loup

Freedom is space for the spirit – par Glen Hirshberg

Propos : un russe, réfugié en Allemagne, revient à St Pétersbourg après de nombreuses années d’absence. Il y trouve une ville envahie par des ours silencieux.

Avis : une nouvelle triste et poétique, traitant en filigranes de la « nouvelle Russie » post-URSS, avec l’aide du folklore de l’Est de cet immense pays.

Citation :

A politsiya official had given a brief press conference and said his force had limited ressources and would be devoting them to ‘more pressing and concrete threats such as Chechen guerillas and homosexuals’. And from then on, the bears had been left to wander.

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The e-mail heiress – par Malka Older

Propos : une employée d’un des premiers FAI réalise l’importance des boîte email dans l’héritage affectif des abonnés décédés.

Avis : une mise en lumière intéressante sur un pan occulté de ce qui constitue désormais notre mémoire : notre correspondance électronique.

Citation :

The e-mail servers. The only back-up copy of their collective life’s work, maybe an ascii text graphic of a scene from Lord of the Rings, or a weather-linked schedule for managing the hydroponics, has disappeared from the servers.

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Modern Style with Death Goddess – par A. Lee Martinez

Propos : un agent immobilier fait visiter une maison dans laquelle se trouve une gardienne de l’Au-Delà.

Avis : une nouvelle aussi maline que courte.

Citation :

We can’t have children playing around the underworld.

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The Only Harry Potter Fanfic I Will Ever Write (Probably) – par T. Kingfisher (Aka Ursula Vernon)

Propos : les quatre mages fondateurs de Poudlard livrent ensemble une bataille contre des loups-garous chevauchant des basilics.

Avis : une vraie petite mise en scène en l’honneur de Helga Poufsouffle, figure sous-estimée dans la série de J. K. Rowling.

Citation :

Godric was riding a griffin and was a bit annoyed that no-one had mentionned how cool it was.

« You know that thing’ll go to sleep if somebody throws a coat over its head » said Salazar nastily.

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The tomato thief – par T. Kingfisher (Aka Ursula Vernon)

Propos : une vieille femme aux talents surnaturels veille jalousement, au bord du désert, sur ses tomates.

Avis : au-delà de la dose d’humour habituelle d’Ursula Vernon, cette nouvelle recèle plusieurs trouvailles liées à l’imaginaire du far-west américain (petit conseil : avant votre lecture, allez jeter un oeil sur la définition du Jackalope qui peuple le désert)

Citation :

« Blessed St. Anthony », she prayed, as she folded her quilt, « give me strenght to defend my tomatoes ».

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Razorback – par T. Kingfisher (Aka Ursula Vernon)

Propos : une sorcière s’attache plus que de raison à un animal de compagnie inhabituel.

Avis : le ton est plus mélancolique que ce à quoi Ursula Vernon habitue ses lecteurs, même si le style reste efficace.

Citation :

She was a good witch and a decent person, but decent people aren’t always easy to live with. So at the end of the day, Sal’s best friend was a razorback hog.

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The Truth Is a Cave in the Black Mountains – par Neil Gaiman

Propos : un homme de petite taille s’en va trouver un guide pour le mener à une grotte menant à un trésor.

Avis : tout le talent de Neil Gaiman s’exprime, ici, dans sa manière de dévoiler, petite phrase par petite phrase, les motifs de plus en plus complexes des actions des personnages. J’aimerais être original en parvenant à critiquer sévèrement cet auteur, mais il ne me facilite pas la tâche…

Citation :

You, with your hand. Me, only a little man. It’s fine heroes we are, who seek our fortunes on the Misty Isle.

 

 

Sharp Ends – par Joe Abercrombie : retour chez les grands

Nous avions perdu l’auteur dans un trilogie pour jeunes adultes. Une trilogie avec de gros morceaux de ce qui ressemble vaguement à des états d’âme (pitié !).

Heureusement, le voici de retour avec le cynisme et la brutalité qui sont le sel et le poivre de ses histoires. Revenons chez les adultes !

Dans ce recueil, l’auteur entrelace brillamment les personnages et les situations.

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Moui mon bon monsieur, il le fait.

Entre l’histoire filée de Shev & Javre, à travers plusieurs nouvelles qui se suivent en sauts de puces, et les multiples clins d’oeil qui parsèment ce recueil, Abercrombie jette le lecteur aux quatre coins de son univers, et il les rattrape avec un style efficace et juste ce qu’il faut d’informations pour ne pas être perdu. L’ensemble des histoires fournit un vision kaléidoscopique de son monde (un petit peu comme « Des milliards de tapis de cheveux« , ma référence de ce mode de narration).

On reste toujours loin des affaires d’Etat. Tant mieux.

Les nouvelles sont ancrées dans les bas-fonds et les petites affaires sordides qui font le quotidien des villes de Sipani, Khali, Talins… Entre deux gouttières ou deux caniveaux, les héros se battent pour la plus noble cause qui soit : leur propre trogne.

Ne lisez pas cet ouvrage si vous voulez avoir le palpitant en chamade à l’évocation d’une charge héroïque, d’une noble tirade ou d’un morceau de poésie champêtre. Ou si vous voulez retrouver la vision originale de la première trilogie de Joe Abercrombie, avec ses sorciers qui manipulent le monde via (entre autre) leur banque. Ruez-vous plutôt sur ce recueil si vous aimez les morceaux de viande saignante comme marque page, avec ce qu’il faut de finesse stylistique et narrative pour se distinguer nettement d’un Conan.

Pour apprécier pleinement ce recueil de nouvelles, lisez le après les 6 autres livres pour adultes issus de l’univers de La Première Loi.

Vous pourrez pleinement apprécier de croiser des têtes connues, à travers :

  • les relations faussement distantes entre West et Glokta, à l’époque où ce dernier tenait encore sur ses jambes sans l’aide d’une canne [« A beautiful Bastard »],
  • le sens de l’humour de Whirrun, au même niveau que son instinct de survie [« The fool jobs » & « Two’s Company »],
  • la fameuse noblesse de conduite de Nicomo Cosca [« Hell » & « Freedom! »]
  • l’art équestre de Shy (utilisé au maximum depuis qu’elle ne peut plus compter sur Lamb) [« Some Desperado »]
  • les réflexions profondes de Gorst entre deux mouvements d’épée [« Yesterday, near a village called Barren »]
  • l’évolution professionnelle de Vitari (elle va bien, merci pour elle) [« Three’s a Crowd »]
  • les leçons d’éducation de Béthod [« Made a Monster »]

Quelques nouveaux au menu :

  • Shev & Javres, personnages récurrents dont la moralité est dans la moyenne des héros d’Abercrombie (au troisième sous-sol, donc). Elles sont assez attachantes pour qu’on leur pardonne leurs ponctuels accès de morale [« Small Kindnesses », « The Near Country », « Two’s Company », « Three’s a Crowd » & une autre nouvelle dont je ne vous donnerai pas le nom sous peine de la divulgâcher],
  • Temple, perdu comme une souris dans un tonneau rempli de chats [« Hell »],
  • des figurants issus des péripéties passées, dont le sort tient dans le titre de la nouvelle [« Wrong Places, Wrong Time »],
  • Carcolf, sorte de mercenaire qui m’évoque la Ada Wong de Resident Evil en cape et talon aiguilles (tout est dans le style) [« Tough Times all over »].

Extrait :

When she stuck the thumb up, her cards fluttered to the floor. Javre frowned at them. ‘I cannot even count any more.’ She started to fish them clumsily up between scabbed fingers, one by one. ‘Drinking, fucking, fighting and losing at cards. Days since I won a hand.’ She burped. Even from this distance, Shev shuddered at the smell of it. ‘Weeks. I hardly know which side up the cards go.’