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The Paper Magician – par Charlie N. Holmberg : très sage fantaisie

Ceony Twill est une apprentie magicienne, fraîchement sortie de l’école, prête à entrer dans une seconde phase de son apprentissage : la spécialisation dans la magie du papier.

Par réflexe, nombreux sont ceux qui comparent ce livre à Harry Potter.

Rien à voir.

Ici, on parle de sentiments, et rien que de sentiments. Malgré une noble tentative d’originalité, ce qu’il y a de plus impressionnant dans ce livre, c’est la taille des mauvaises métaphores.

Pour nos amis malvoyants : une silhouette de femme, en robe noire et tenant un parapluie, à côté de lquelle sont dessinés, façon origami en papier rouge, un coeur et un avion en papier

A peu près tout le roman peut être déduit de la couverture. Comme un Terry Pratchett aux éditions de l’Atalante, mais sans l’humour (aïe)…

Amorce de l’histoire : une étudiante se voit confiée au bon soin d’un mage spécialisé en cellulose et obligée de partager son sort.

Le coeur pour les sentiments, le papier et l’imagination pour construire des histoires, le travail avant tout.

Formulé comme ça, ça fait réac.

Peut-être.

Le message n’est en tous cas pas difficile à comprendre : tu vaux la sueur que tu dépenses, de préférence en obéissant aux instructions de ton professeur. La fierté Ceony de bien faire ses devoirs dépasse celle de risquer sa peau. Visualisez un livre centré sur Hermione, si l’on veut absolument se référer à Harry Potter.

Autre grande leçon : il semblerait que partager ses souvenirs les plus marquants, en bien ou en mal, créé des liens plus forts que la Montagne… Palpitant. Faites des soirées pyjamas après avoir potassé votre devoir maison et vous serez un homme / femme, mon fils / ma fille.

Une héroïne bien seule

C’est un roman de premier de la classe, avec ses valeurs et ses problèmes : toujours s’appliquer, être pudique, subir les brimades des crétins, en revenir toujours à la morale, se demander si on a bien fait, s’appliquer encore… Il manque des personnages plus légers pour entourer Ceony et pour relativiser les leçons qu’elle donne. N’importe qui : un cancre, un maladroit, un idiot, un premier ministre, un fou, un philosophe à côté de la plaque, un peureux, un pédant, un économiste…

En le construisant soigneusement par étapes, Charlie Holmberg a donné un côté rédaction à son roman, avec pour sujet « rédiger vos premiers sentiments adolescents ». Son roman se mange comme une meringue : sucré, un brin écoeurant même s’il est bien cuisiné.

Une ode au papier éditée en France par Amazon, le champion du livre dématérialisé : vive la contradiction.

La première qualité dont se prévaut l’héroïne est sa mémoire infaillible. Elle goûte le contact du papier avec un plaisir fétichiste. Elle habite dans une maison qui fleure bon la poussière et les vieux fourneaux. Bref, à moins de vingt ans elle endosse les habits d’un stéréotype d’archiviste.

Et pour savourer ce message du confort cosy des temps anciens, Amazon cible dans sa stratégie de promotion des jeunes consommateurs branchés à une Kindle. La magie proposée dans ce livre tient autant à l’absence de réseau wifi qu’aux origamis qui prennent vie dans les mains d’un magicien. Mais le paradoxe fait peut-être partie du charme de l’expérience…

Au cas où vous ne cherchez pas vos premiers émois dans un bouquin…

Si la bleuette, ce n’est pas votre tasse de thé, si vous préférez une magie assaisonnée à l’hémoglobine, vous pourrez peut-être apprécier quelques petits passages du Paper Magician, sanglants comme seuls les livres jeunesse savent le faire (cela me rappelle ce conte russe lu à 10 ans dans lequel une soeur sorcière-cannibale aiguise ses dents dans la cuisine pendant que son frère attend son plat dans la salle à manger. Mais pourquoi donne-t-on ça à  lire à des moutards ?). Pour vous économiser l’emballage de ces réjouissances dans la guimauve, lisez donc plutôt l’excellent Terre des Monstres (Monster Blood Tattoo) !

Citation :

The eyeless head of the skeleton looked up and down almost mechanically, and Ceony, with a hand over her heart, realized all si feet of it was comprised of paper – its head, its spine, its ribs, its legs. Hundreds, perhaps thousands of pieces of paper, all white, rolled and Folded and pinched together to connect in a variety of joints.

« He’s mad », Ceony said, aloud this time.

Il ne faut pas grand chose pour être un guedin, dans The Paper Magician…

NB : l’édition française sortira le 20 septembre 2016