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The Swarm – par Orson Scott Card : petite propagande planétaire

Il faut lire The Swarm en écoutant de la musique de grands orchestres.

Quelque chose de martial, qui vous prend aux tripes, et qui vous donne envie de construire des bombes à sous-munition pendant 70 heures d’affilée, avant de vous essuyer le front face au soleil couchant, le coeur rempli de fierté.

Parce que, dans ce nouveau préquel de La Stratégie Ender, ce n’est que de ça dont il s’agit : de l’effort de guerre, juste avant l’arrivée d’une flotte de Doryphores (ici les Formics).

Et gare aux personnages qui trainent des pieds : pour Orson Scott Gard, il n’y a que des héros-sauveurs-de-l’humanité ou de vils-égoïstes-manipulateurs-traîtres-de-leur-espèce. C’est l’un, ou c’est l’autre. Pas de nuance.

La logique de ce roman écrase toute subtilité avec l’élégance d’un char Leclerc dans une compétition de salsa…

vaisseau

Amorce de l’histoire : alors que la flotte de doryphores est en marche vers la Terre, cette dernière s’organise pour combler in extremis son retard et préparer ses défenses.

Modèle productiviste

Au coeur de The Swarm, il y a Mazer Rackham, l’incarnation du Soldat Dévoué mêlée à celle de l’Ingénieur. Il est sur le terrain, lui. Il sait. Et, comme tout bon militaire, il réalise l’impossible tous les matins au petit déjeuner (pas comme ces lopettes de civils).

Autour de lui gravitent Lem (l’incarnation de l’Industriel patriote), Victor (l’incarnation de l’Ouvrier patriote), Bingwen (énième petit génie, patriote cela va sans dire). Tous « sacrifient » sans broncher leur vie et leurs aspirations familiales pour Servir.

Contre Mazer se dressent la bureaucratie, les syndicats, les politiques. Et également quelques milliards de Doryphore, mais c’est secondaire…

Vous voyez le tableau ? The Swarm raconte une bataille  : celle des bons travailleurs contre les égoïstes et les tire-au-flanc. Comme si la menace existentielle planant au-dessus de l’Humanité donnait l’occasion d’un écrémage nécessaire. Nous sommes attaqués par de grosses fourmis extraterrestres, le salut est dans le mimétisme. Devenons nous aussi des membres d’une ruche, effaçons nos personnalités, sous peine de périr.

L’agressivité d’Ender, sans les remords

La guerre est avant-tout réduite à des composantes logistiques. Le combat est un problème de production. Il faut simplement savoir quoi produire, en plus grande quantité, et plus vite que l’ennemi. C’est la leçon souvent tirée de la Seconde Guerre Mondiale.

Et l’humain dans tout ça ? Il devient un rouage de la machine de guerre, et il doit en être fier. Pour plier ses aspirations personnelles dans le sens d’une logique productiviste, on se sert de la propagande pour intégrer la notion de combat dans toutes les composantes de son existence.

Sa vie ? Elle ne vaut que par la survie de l’espèce.

Son mariage ? Il sert avant-tout à produire des enfants (dixit la femme de Mazer…). Enfants dont la survie ne tient qu’à celle de l’espèce.

Ses amis ? Mazer les choisit en fonction de leurs compétences et de leur bravoure.

Qu’avons-nous au bout du compte ? Des stéréotypes à la moralité immaculée, qui font couler le sang sans jamais se salir les mains, capables des plus grandes prouesses tant intellectuelles que physiques. Aucune imperfection, aucune âme, aucune raison de s’attacher à eux.

Naïvement, j’en étais resté à Ender et Alvin, héros initialement froids et flippants qui avaient au moins l’excuse de l’âge et la perspective de devenir humains. Rien de tout ça ici.

Le prosaïsme au-dessus des Hommes et des lois

L’argument massue de Mazer (et, à travers lui, d’Orson Scott Card), c’est l’urgence (ça vous rappelle quelque chose ?). Les Doryphores pointent le bout de leurs pattes à l’autre bout de l’univers, l’heure est à l’action. La guerre pour la survie de l’espèce est totale, aucune possibilité de négocier.

Alors il faut continuellement trouver des solutions dans l’urgence. Avancer. Etre le plus fort, le plus rapide. S’assoir sur le temps nécessaire à la justice, à la démocratie, à l’éducation.

Vous me direz, ce sont les contingences de la guerre. Mais j’y vois trois problèmes :

  • l’intervalle chronologique choisit par Orson Scott Card, dans ce roman, aboutit à La Stratégie Ender. Dans ce cycle de la seconde guerre formique, il ne peut être question que d’urgence. Pas de recul possible, donc. Pas de réflexion.
  • pas de réflexion dans le temps, pas plus de recul dans le degré de perception des actions des personnages. Pas d’humour. Pas de cynisme. Pas d’ironie. Aucune distanciation de l’auteur vis-à-vis de ses héros qui frisent le ridicule tant ils sont prévisibles.
  • la construction d’un mythe de l’ingénieur tout-puissant est au coeur de the Swarm. Il représente la main dans l’ombre qui soutient le stratège et qui protège le soldat. Dans toute problématique, l’auteur écarte le « pourquoi » pour se focaliser sur le « comment ». Or la science-fiction, quand elle ne s’inscrit pas dans la hard-science la plus pointue, invente des procédés techniques dont la validité n’a que peu d’intérêt. On lui demande juste de respecter une certaine vraisemblance.

 

Ce livre est fait pour être lu au garde-à-vous. Bonne chance pour tourner les pages.

 

Citation :

« You have never flown a quichship, before », said Victor

« I’m a fast learner. It’s not rocket science. »

« Techically, it is rocket science »