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Warlock Holmes – par G.S Denning : petit pastiche à déguster

Sa quatrième de couverture ne vante pas un humour irrésistible (premier piège évité), ni une descendance directe de Terry Pratchett et Douglas Adams, ou une certification 100% anglaise.

Tant mieux, c’est le signe qu’il mériterait presque tous ces éloges (je m’emporte, que A’Tuin me pardonne).

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Destructurer, puis recomposer l’histoire de Sherlock Holmes.

Première raison d’aimer ce personnage plus recyclé qu’une blague de pilier de comptoir : Warlock Holmes est un anti-Sherlock. Bien qu’il en prenne les apparences (casquette & impulsivité, appartement & manies asociales), il est décrit dès la quatrième de couverture comme un idiot. Pas de déception de ce côté là, la logique pointilleuse du détective attendra. Watson, pour sa part, est en partie Sherlock, en partie le Watson original. Lestrade ne ressemble pas à Lestrade, mais il en joue indirectement le rôle. On ne voit jamais le professeur Moriarty, et pourtant…

Dans ce jeu de recomposition, où les rôles s’échangent, G. S. Denning a pris une particularité de Sherlock Holmes au pied de la lettre : il vit dans un autre monde. Mais plutôt que de l’enfermer dans sa tête (le ‘mind palace’ qu’on aimerait tous avoir), ici on utilise les ressorts du fantastique pour faire déborder cet univers personnel sur le monde réel. Sherlock appartient au « bizarre » (dans le sens adopté par les anglo-saxons) et il n’est plus le seul. On se retrouve donc avec un inadapté qui, cette fois-ci, a toutes les bonnes raisons de l’être (son Londres surnaturel mais policé rappelle parfois celui de « Rivers of London »). Et un Watson tout à fait normal qui se retrouve inadapté dans l’univers de Sherlock. L’histoire peut commencer.

Humour anglais : G. S. Denning parvient souvent à faire mouche.

Particulièrement si vous avez encore en tête les histoires les plus connues du détective, à travers les romans originaux ou la succulente version modernisée de Sherlock par la BBC. Des pans entiers des premières nouvelles constituent des jeux de ping-pong, entre situations déjà connues et fantaisies de l’auteur. On s’engouffre dans une histoire classique (par exemple : une Etude en rouge), puis on s’éloigne de la version initiale pour se tourner vers le surnaturel, puis pour revenir au classique et bifurquer à nouveau.

Au passage, G. S. Denning prend un malin plaisir à détourner les répliques les plus célèbres de Sherlock. Sauf le « élémentaire, mon cher Watson », invention cinématographique qui n’a rien à voir avec le héro de Conan Doyle.

Que l’on se rassure : même si « Warlock Holmes » est présenté comme un imbécile, son histoire constitue une parodie plus fine et pince-sans-rire qu’un « Barry Trotter« , et plus sage et plus anglaise que les déambulations de malade mental du stupéfiant Sherlock de « L’instinct de l’équarisseur » (dont la scène du zeplin reste mon meilleur souvenir).

Parviendra-t-il à ne pas s’essouffler ?

Trois tomes sont déjà programmés, et l’on sent bien que ce premier opus enclenche une histoire globale qui vise à être déployée. Mais s’inscrire dans la durée signifie s’affranchir de ce jeu de clins d’oeil et de références directes qui fait justement le charme d’un pastiche. Maintenir le niveau de Warlock Holmes s’annonce difficile. D’autant que l’auteur passe déjà en revue dans ce premier tome un grand nombre des références les plus connues.

Il ne reste plus à G. S. Denning qu’à élever le sens de la réplique de ses personnages à un niveau tel que l’on se moque totalement de l’histoire en elle-même (petite pensée pour l’humour de Gidéon Defoe).

Citation

It was a drary sort of day and both our Scotland Yard friends had nothing else to savor but the bitter broth of professionnal defeat – a perfect day for Ceylon tea.