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The collapsing empire – par John Scalzi : SF en dosette

Il ne s’agit pas ici de l’effondrement de l’empire américain.

John Scalzi est très clair dans sa postface : ne cherchez pas Trump dans ses sources d’inspiration, son travail d’écriture a commencé bien avant que ne s’impose le multi-milliardaire sur la scène politique.

Il ne s’agit pas non plus d’une allégorie écologique, même si les humains sont menacés par une évolution rapide de leur écosystème.

S’il faut retenir quelque chose de ce nouveau cycle de John Scalzi, c’est plutôt son attachement au thème de l’éloignement, et ce malgré toutes les promesses technologiques dont est habituellement remplie la science-fiction.

vaisseau

En un mot : un empire futuriste voit ses moyens de communication entre planètes menacés par une évolution du tissu de l’univers.

Le confort du café instantané…

Le roman est en lui-même assez classique : des familles se livrent entre elles à une lutte de pouvoirs, sur fond d’évolution naturelle de leur environnement.

Le lecteur trouvera ici le mélange d’intrigues, d’action, de moments de bravoure et de clins d’oeil salaces qui sont aux séries HBO ce que le beurre, les oeufs, la farine et le chocolat sont aux cookies.

Tout ce qu’il faut pour attirer le chaland.

Deux éléments peuvent retenir l’intérêt du lecteur :

  • la place donnée aux personnages féminins, sur un pied d’égalité parfait avec les hommes,
  • le thème de l’éloignement : pour John Scalzi, les contraintes d’un univers futuristes finissent toujours par avoir raison des relations entre les Hommes. Au-delà des promesses de la technologie, c’est le tissu social qui souffre de notre désir de conquêtes.

… et le goût du café instantané.

Ce roman se consomme sans trop y penser.

Les personnages sont un brin sentimentaux, un brin retords, un brin stéréotypés, un brin attachants.

Les rebondissements arrivent à l’heure dans le planning de l’histoire.

La société du futur que l’on nous propose est à l’image de celle du présent : la richesse est basée sur le commerce, le commerce sur les facilités de déplacement. Remplacez caravelle et super-tanker par vaisseau spatial, et vous obtenez un univers dans lequel il est facile de se glisser.

Il reste peu d’idées ou de scènes mémorables de ce roman, si ce n’est le sentiment de maîtrise du genre par un auteur déjà aguerri.

Pourtant, John Scalzi est capable d’en avoir, des idées. Pour preuve : son recueil de nouvelles Miniatures nous explique comment notre société sera, un jour, dominée par un yaourt.

Citation :

Cardenia gawked at Rachela I. « You’re unbelievable ».

« I worked in marketing, » Rachela I said. « Before I was a prophet. After, too, but we didn’t call it that after that point. »

Metro 2035 – par Dimitry Glukhovsky : la politique pire que la radioactivité ?

Oubliez le fantastique de Metro 2033, et ses monstres qui observent dans le noir les voyageurs et qui les croquent entre deux stations.

Oubliez également l’enquête de Metro 2034, et l’espoir d’une autre base, les énigmes, les plans cachés.

Oubliez presque tout de cette série de Dimitry Glukhovsky.

Ne gardez que le glauque, le pathos, la vie de rat sous terre, et la folie bien humaine.

Donnez à cela des accents de discours politique complotiste.

Et ‘savourez’ Metro 2035.

vaisseau

En un mot : Après ses faits d’arme, Anton ne parvient pas à revenir totalement à sa vie ‘normale’. Obsédé par la vie à l’extérieur du métro, il cherche désespérément d’autres villes survivantes, à l’aide d’une radio militaire portative. Sur la simple foi d’un vieil historien, il se met en quête d’un autre radio-émetteur qui aurait trouvé d’autres cités survivantes.

I’m not singing in the subway

Dans le monde post-apocalyptique de Dimitry Glukhovsky, les moscovites vivent enterrés dans leur réseau de tunnels.

Ils y cultivent des champignons, et des hobby variés :

  • faire des enfants,
  • écrite l’Histoire du métro,
  • établir des dictatures basées sur des idéologies surannées.

Anton, lui, a la bougeotte. Il cherche  :

  • le salut,
  • le retour à la surface,
  • l’herbe verte et les petits oiseaux,
  • les retrouvailles émues avec d’autres survivants,
  • et les piques-niques près de la datcha.

Alors il s’agite. Et en s’agitant, il fouine, il brasse dans le métro la misère ambiante, il patauge dans les remugles.

Bref, il fait, sans le savoir et pour son propre compte, un travail de journaliste.

 

Pour le lecteur qui suit cette agitation, le résultat est particulièrement sombre.

Tous les personnages du Métro semblent trouver une forme de satisfaction à leur vie courte et misérable. Leur seul objectif est de la préserver à tout prix.

Anton, en aspirant à mieux, dévoile les combines, les hypocrisies, les mensonges, les complots, et l’abêtissement de ses camarades.

Il explore la bassesse des seuls survivants coincés avec leur folie et leur médiocrité.

Il expose également son propre mal-être, en offrant au lecteur un voyage intérieur autant qu’un périple dans les couloirs du Métro.

Que de bonheur.

 

Au lecteur, Dimitry Glukhovsky présente toute une galerie de monstres parfaitement humains, à leur aise dans les rouages d’idéologies violentes : le fascisme, le communisme soviétique & le capitalisme sauvage.

Pire, il évoque petit à petit la présence sous-jacente d’un système omnipotent.

Et voilà, le thème est lancé. Pour renouveler la série des Métro, voici les complots, l’Hydre, les agents de l’ombre, les maîtres derrière le rideau, ceux qui trinquent quand les autres saignent.

Bref, voici la litanie du politologue fatigué.

 

Peut-on en vouloir à l’auteur ? L’actualité russe est sans doute encore plus sombre que celle que connaît l’Europe.

Mais en jetant une lumière crue sur les avanies des derniers humains, Dimitry Glukhovsky me fait regretter l’obscurité de son premier tome, et ses monstres plus rassurants car moins humains.

Il témoigne aussi sans doute d’une lassitude largement répandue de nos jours, oubliant au passage que les littératures de l’imaginaire ne sont pas là pour nous rappeler les vicissitudes de nos sociétés.

Il y a les journaux et les livres d’Histoire, pour ça.

Welcome to Night Vale : ce roman n’a jamais existé, tenez, prenez-le, et méfiez vous des lundi

Amateurs d’humour absurde et étrange, bonjour.

S’il vous faut votre dose quotidienne de bizarreries, j’ai le livre qu’il vous faut pour tenir quelques semaines.

Dans ses 329 pages, vous trouverez un monceau d’improbabilités, et aucune, je vous le garantie, aucune cohérence ou intrigue consistante qui pourrait venir gâcher votre expérience.

Si ces critères sont les vôtres, entrez dans Night Vale, et laissez votre raison dériver.

vaisseau

Amorce de l’histoire : une prêteuse sur gage bloquée à l’âge de 19 ans et une informaticienne solitaire se lancent à la recherche d’un inconnu que tout le monde oublie, le tout sur fond de commentaires radiophoniques.

A l’origine, un podcast anglophone à succès

D’une voix posée, un homme vous déclame des annonces municipales toutes plus étranges les unes que les autres.

Et cela fonctionne.

Depuis 2013, les téléchargements se comptent en dizaines de milliers, les followers également, et, signe de succès, les guest stars pointent le bout de leur nez.

Les créateurs de cette série organisent des Live Shows (« Ghost Stories Tour »), dans une tournée qui passe même par la France (Paris, le 3 octobre, fin du volet promotionnel).

Dans le monde des séries humoristiques « radiophoniques », il s’agit donc d’une valeur sûre, attachée à un public fidèle et averti.

Le gouvernement, les aliens, l’Au-Delà et quelques milliers de sectes secrètes

L’idée de départ est résumée comme suit par un de ses créateurs, Joseph Fink : imaginer une ville en plein désert où toutes les théories du complot seraient réelles. S’additionnent donc des hommes en costume, des figures cachées sous une capuche, des anges, des animaux, des signes cabalistiques, des codes, des sous-entendus, des mystères, de la mort, des adolescents protéiformes, des papiers qui parlent etc etc etc etc etc.

Les Anglais ont une expression : ils parlent parfois d’une « énigme enveloppée dans un mystère ». Dans le cas présent, cette expression ne suffit pas.

Si ce livre était un film où les acteurs clignent des yeux à chaque indice, on les croirait pris de TOC.

A côté de cet enchevêtrement, les pâles embrouilles de X-Files ressemblent à une chasse aux trésors de scouts.

Le plus grand défi de The Night Vale, en définitive, est d’y trouver une suite cohérente d’idées. Ou de ne pas souffrir de surcharge cognitive en suivant le chemin tortueux pris par un narrateur inconstant.

De la suite dans les nombreuses, nombreuses idées

Rendons aux maîtres du monde cachés dans l’ombre ce qui revient aux maîtres du monde cachés dans l’ombre : leurs histoires sont percutantes.

Elles ne vont nulle part, mais avec brio. Elles cultivent le sens de la formule, et l’art de prendre par surprise un lecteur blasé et revenu de tout.

En une phrase, le narrateur vous pointe un objet du doigt. Puis il vous tapote sur l’épaule gauche, vous souffle un coup de clairon sur votre droite, et pendant ce temps-là, un monstre visqueux est apparu au-dessus de votre tête. Quand l’opération fonctionne à répétition, c’est soit que le lecteur est simplet (on ne sait jamais), soit que l’auteur est doué.

Un petit peu des deux, peut-être.

 

The Night Vale est un roman incapable de se prendre au sérieux, dans le style de John Dies At The End.

L’idéal est sans doute de lui accorder le statut qu’il cherche, celui d’OVNI, et d’en apprécier l’étrangeté.

Citation :

Diane did not like invisible pie. […] Her issue was not with flavor (the pie had none) but with texture (it had none).

NB : au moment de l’écriture de cet article, j’ai réalisé que ce livre a déjà été traduit et édité chez Bragelonne. Au temps pour moi…